Commerçants, j’en ai marre de bouffer toujours la même chose !

J’ai eu la chance de naître dans une famille qui aime et sait cuisiner. Une marotte familiale est d’impressionner ses invités par l’inventivité de ses menus, et je n’hésite pas à affirmer que plusieurs de mes proches auraient pu faire carrière dans la restauration. Je connais donc des dizaines de fromages ; j’apprécie un camembert bien affiné ; un Cantal vieux, contrairement à nombre de parigots qui le préfèrent jeune (n’importe quoi…) ; je mange le bœuf saignant voire bleu (même si j’en consomme peu vu que c’est mauvais pour la planète, et que la viande est moins bonne à Paris) ; pour moi un magret de canard ne peut s’apprécier que rosé (et non cuit comme de la semelle), etc. Bref, tous ces plaisirs de la table me semblaient normaux et acquis… jusqu’à ce que je doive quitter le toit parental pour vivre ma vie.

Comment je me suis alimentée de surgelés pendant quinze ans

Dès ce jour, mes repas commencèrent à se gâter car :

  • Je ne m’étais jamais intéressée à la cuisine, à part pour mettre les pieds sous la table, ne sachant même pas cuire un œuf au plat. Je l’ai appris de mon conjoint, qui n’était pourtant guère plus doué que moi, à 20 ans. Je donne l’astuce aux ignares comme moi : l’œuf au plat est nickel quand de petites bulles commencent à apparaître sur le jaune. Bête comme chou, pas vrai ?
  • Je n’avais aucune motivation pour apprendre. Rester cinq minutes devant la gazinière pour surveiller la cuisson d’un steak m’est déjà impossible, ce qui fait périodiquement brailler mon détecteur de fumée.
  • Je n’avais (malheureusement) personne à qui déléguer cette importante tâche. C’est toujours (malheureusement aussi) le cas.

Le défi était donc : comment me nourrir vite, pas trop mal, pas trop cher. Quand j’en ai eu marre des menus jambon-riz, jambon-patates, jambon-nouilles – hamburger-frites à l’occasion – je suis passée aux surgelés, dont la gamme est plus étendue. Ils ont constitué l’essentiel de mon alimentation pendant près de quinze ans. Il y a quelques années, je suis tombée sur le livre de Christophe Brusset Vous êtes fous d’avaler ça, une édifiante lecture qui a stoppé net mon envie de surgelés. N’ayant aucune tendance suicidaire, même à long terme, j’ai décidé de me tourner vers les nombreux petits commerçants de mon quartier.

Lire aussi : La mauvaise qualité peut nuire (gravement) à votre santé

Mais pourquoi font-ils toujours la même chose ?!

Au début, tout était merveilleux. Habitant dans un quartier bobo commerçant et dynamique, je n’ai eu aucun mal à trouver plusieurs petits traiteurs abordables (enfin, abordables comme à Paris…) pour varier le quotidien. Il est vrai que je devais faire les courses plus souvent, mais la différence de qualité le justifiait. Du moins, c’est ce que je croyais au début. Car je me suis vite aperçue que la qualité n’était pas si bonne, de l’industriel amélioré tout au plus. Pire : ces commerçants proposaient toujours les mêmes plats. Comme je ne cuisine toujours (presque) rien moi-même, je me suis vite lassée.

Pas décidée à lâcher l’affaire, j’ai élargi mon rayon de prospection, n’hésitant pas à me déplacer à l’autre bout de l’arrondissement pour trouver une nourriture digne de ma majesté. J’ai ainsi dégoté un excellent boulanger, de très bonnes crêpes à emporter faites devant le chaland, un charcutier qui fait son gratin dauphinois lui-même, etc. Tout aurait donc été pour le mieux dans le meilleur des mondes si ces braves gens ne faisaient pas eux aussi…

…TOUJOURS LA MÊME CHOSE !!!

Je n’exagère pas. Où que j’aille je trouve de la quiche lorraine, du gratin dauphinois, du gratin de chou-fleur, de la quiche chèvre-épinards, du poulet rôti, de la paëlla, des tomates farcies (même l’hiver quand elles sont dégueulasses), de la choucroute, etc. Un exemple parmi d’autres : l’aubergine farcie. En ce moment, elle est proposée dans mon quartier chez le traiteur français, le traiteur italien, le traiteur grec, le traiteur libanais et le traiteur auvergnat. Si encore elle était préparée différemment. Mais non ! J’en peux plus des aubergines farcies. Elles me sortent par les oreilles, les aubergines farcies !!

J’habite ce quartier depuis dix ans, et la carte des commerçants alimentaires n’a quasiment pas varié d’un iota. Comment les cuistots peuvent-ils préparer les mêmes plats toute l’année, pendant toute leur vie ?!

L’exception qui confirme la règle

J’étais au bord de la dépression gastronomique quand je suis tombée par hasard sur une perle. C’est une toute petite boutique, 20 mà tout casser. On y trouve des plats variés, copieux, vraiment faits maison, abordables (comme à Paris), avec des produits de qualité. Les recettes changent de temps en temps, même si la base reste la même. Depuis, une ou deux fois par semaine, j’ai l’impression de manger « comme à la maison » et ça me fait un bien fou. Cette boutique a ouvert il y a peut-être un an ; il y a toujours du monde et le patron ne cesse de recruter. Si ce type continue sur sa lancée, il fera fortune.

Traiteurs parisiens, si vous ne vous renouvelez pas, vous allez crever !

Le succès de ce petit traiteur montre que je ne suis pas la seule à rechercher des plats cuisinés abordables, variés, faits avec de bons produits. La plupart des Parisiens n’ont pas envie de passer leur maigre temps libre devant les fourneaux. Or, les meilleurs emplacements de mon quartier – près du métro, et dans la principale rue commerçante – semblent occupés par des commerces alimentaires qui, non seulement ne se renouvellent pas, mais fourguent des produits de qualité déplorable à leurs clients.

Heureusement, de plus en plus de petits commerces, gérés par des trentenaires, ouvrent dans des rues moins fréquentées mais proches des bureaux. Pour faire leur trou, ils n’hésitent pas à innover, proposer des produits bio, végétariens ou véganes à des prix similaires à ceux de leurs aînés. Et ça marche très bien. Le minuscule resto végétarien qui a ouvert non loin de chez moi il y a deux ans vient de tripler sa surface, et doit parfois arrêter de servir avant la fermeture pour cause de rupture de stock ! M’est avis que si les vieux roublards de l’artère principale ne réagissent pas fissa, on devrait être débarrassé d’eux d’ici quelques années. Et ils l’auront bien cherché.

Mais que font les pouvoirs publics ?!

Quand je vois les rayons de plats cuisinés, gâteaux, conserves, surgelés, bonbons industriels qui saturent les moyennes surfaces, je me dis que les Parisiens crèveront plus vite de la malbouffe que de la pollution. Je me dis aussi qu’il y a beaucoup à faire pour aider les Français surbookés à manger sainement. Par exemple :

  • Favoriser l’installation de jeunes cuisiniers-traiteurs motivés et responsables dans les grandes villes.
  • Faire de la pub aux commerces alimentaires innovants via un blog de ville ou d’arrondissement.
  • Créer des cantines de quartier. Ça commence, mais c’est encore réservé à des personnes en difficulté. Je suis convaincue que des cantines ouvertes à tous auraient un succès fou, et pourraient même devenir un formidable outil pour recréer du lien social. Elles pourraient peut-être même aider à faire baisser le nombre croissant de célibataires. S’il en ouvre une bonne près de chez moi, promis j’irai y faire un tour !

Le marché de la cuisine prête à consommer de qualité possède à mon avis un gros potentiel. Avec l’aide des pouvoirs publics, il pourrait embaucher de nombreux chômeurs passionnés de cuisine, de contact et de service. Il suffit qu’un maire, ou un conseiller municipal, s’y colle.

Si rien ne bouge, pour varier mon régime, je finirai par changer d’arrondissement. Ou par me mettre à la cuisine. Nan, je plaisante ! Ce serait bien trop dangereux… 🙂

Pour des nourritures plus spirituelles...

En attendant de résoudre mes problèmes de menus, j’ai l’immense plaisir de vous présenter mon dernier bébé de papier. Ces quatre histoires sont issues de la novélisation de mes scénarios de courts-métrages, dont j’ai déjà parlé au cours d’articles précédents. Deux sont dans des genres que je n’ai pas encore abordés, j’espère qu’ils vous plairont aussi !

Quant à ceux d’entre vous qui ont lu La rousse qui croyait au père Noël a 29 ans, ils sauront enfin de quoi parlent Le bon numéro et Love Pizza, les deux scénarios de Nicolas Reynard évoqués dans ce tome de ma série. Vous verrez d’ailleurs que les personnages principaux de ces histoires m’ont tous été inspirés par ma muse (avec un grand M). Les lecteurs qui ne savent pas ce qu’est une muse peuvent aller faire un tour sur l’article : Ce que je fais pour éviter de rater mes personnages

Bonne lecture !

L'école des anges
  • Le bon numéro, dystopie : Une jeune diplômée cherche à ouvrir une confiserie dans un monde où la nature, la littérature et les couleurs ont disparu. Un homme de ménage va bouleverser ses plans.
  • Love Pizza, comédie : Lors d’une livraison de pizza Théo, un jeune homme au physique spectaculaire, éconduit une jeune effrontée. La fois suivante, il tombe dans un guet-apens.
  • La police du suicide, suspense : Désespéré par la mort d’Oscar, Alexandre est décidé à mettre fin à ses jours le soir même. Sa détermination est mise à rude épreuve quand il croise un sosie du défunt aussi suicidaire que lui.
  • L’école des anges, comédie : Gaby, apprenti-ange, passe son examen de fin d’études. Il a vingt-quatre heures pour gagner la confiance de Zach, petit truand sans foi ni loi. Mais comment y parvenir alors que celui-ci ne peut ni le voir ni l’entendre ?

Format numérique :

Format broché (168 pages) :

La distribution de mes livres précédents sur Kobo et en librairie (sur commande) me coûtant actuellement plus cher qu’elle ne me rapporte, ce livre est distribué exclusivement sur Amazon.

Les personnes possédant une liseuse epub peuvent télécharger l’application Kindle sur leur smartphone. Quant aux personnes qui lisent en broché et ne souhaitent pas créer un compte sur Amazon, je n’ai pour l’instant pas de solution à leur proposer.

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