Ras-le-bol des commentaires de lecture bidons !

Ras-le-bol des commentaires de lecture bidons !

Quand j’ai commencé à m’autoéditer sur Amazon en 2014, il m’a semblé normal de m’intéresser à ce que publiaient les autres auteurs indépendants. Comme je ne connaissais personne, je choisissais les livres en me fiant au nombre de commentaires 4 et 5 étoiles sur Amazon, aux chroniques de blogs et aux recommandations de collègues autoédités postées sur les réseaux sociaux. Si certains livres recueillaient des dizaines ou plus d’une centaine de commentaires enthousiastes, c’est qu’ils devaient être bons !

Après avoir cumulé de nombreuses déceptions, j’ai fini par comprendre que la plupart des chroniques de blogs et des recommandations d’auteurs n’étaient pas fiables.

Pourquoi la plupart des avis de lecture sont bidons

Pendant quelque temps, je me suis dit que si je n’aimais pas ces livres si bien notés par tant de gens, c’était peut-être parce que j’avais des goûts bizarres. J’étais d’autant plus troublée que beaucoup de commentaires dithyrambiques étaient très bien tournés, ce qui indiquait que leurs auteurs étaient instruits. Mais à force de fréquenter auteurs et blogueurs, j’ai compris qu’une bonne partie de ces avis de lecture n’étaient pas sincères. Du tout.

  • Le cas des auteurs

Le lecteur lambda traînant gravement les pieds pour poster deux pauvres lignes sur les e-librairies, alors que le nombre des commentaires devient une question de vie ou de mort pour tout livre, les auteurs indépendants – partout dans le monde – ont pris le parti de s’entraider : « J’achète ton livre, tu achètes le mien. Je te poste un chouette commentaire si j’ai aimé ton livre, tu m’en postes un si tu as aimé le mien. Et tout le monde est content ! » Pourquoi les auteurs achètent-ils les livres de collègues au lieu de s’échanger des ebooks ? Parce qu’un commentaire consécutif à un achat, et donc « vérifié », est plus crédible vis-à-vis des algorithmes d’Amazon ou Kobo. Or un livre bien noté par les algorithmes de vente est mis en avant et peut bénéficier de promotions. Quand c’est le cas, c’est la voie royale vers le top 100, donc le jackpot !

Lire aussi : Les romans autoédités sont-ils tous à jeter ?

Au début, je ne voyais pas de mal à cet échange de bons procédés. J’ai ainsi commenté une vingtaine de livres indépendants qui m’avaient vraiment plu. Certains auteurs m’ont rendu la pareille, d’autres non : c’était le jeu. Mais quand j’ai commencé à voir de talentueux auteurs commenter et recommander les pires romans de gare, je me suis dit que cette démarche atteignait ses limites. À qui allais-je pouvoir me fier pour acheter de nouveaux livres ?? Aux blogueurs littéraires ? Guère plus.

  • Le cas des blogueurs littéraires

Depuis cinq ans, je suis plusieurs centaines de blogs sur les réseaux sociaux ce qui me donne l’occasion de voir passer de nombreux avis de lecture. Et même si je sais que la plupart des blogueuses sont très indulgentes, j’ai du mal à croire qu’elles aiment réellement tous les livres qu’elles encensent. Je vois d’ailleurs rarement de chroniques vraiment négatives. Sauf que de temps en temps une blogueuse se plaint d’une « panne de lecture », perte de motivation totale, qui la pousse à survoler les romans qu’elle doit lire à la chaîne sous peine de prendre trop de retard dans ses services-presse. Ce ne serait pas un problème si cet aveu ne se produisait pas après un flot de chroniques plus enthousiastes les unes que les autres. En clair, ces dames avouent mentir parfois comme des arracheuses de dents

Pourquoi les blogueurs se laissent-ils aller à ces commentaires de complaisance, postés ensuite sur les e-librairies et les forums de lecture ? Pour ne pas mécontenter les éditeurs qui leur envoient chaque année des dizaines de livres brochés directement dans leur boîte aux lettres – parfois même sans les consulter –, les invitent à diverses sauteries littéraires très gratifiantes, bref les caressent consciencieusement dans le sens du clavier. Ces mêmes blogueurs, qui fréquentent les salons du livre, connaissent aussi souvent personnellement les auteurs qu’ils chroniquent, ce qui ne pousse pas à la franchise. Total, une part importante des chroniques de blog est aussi fiable que la banquise sous le réchauffement climatique.

Ne pouvant plus faire confiance à grand-monde pour choisir un bouquin – à part ma mère qui trouve que même le Goncourt n’est pas toujours si bien écrit – j’ai décidé de proposer aux commentateurs de tous bords une série d’indicateurs basés sur ma longue expérience de lectrice. Ceux-ci répondent à douze questions que l’on devrait se poser avant de chroniquer un roman.

12 Nuances de chronique littéraire

Je précise tout de suite que ces indicateurs n’ont pas vocation à établir la valeur intrinsèque d’une histoire. Les échelles sont construites avec des lettres n’ayant pas de logique croissante, aussi n’est-il pas possible de calculer de moyenne globale. Ces échelles parleront bien plus de celui ou celle qui les utilise que du livre commenté. Les niveaux choisis varieront ainsi considérablement en fonction de l’âge du commentateur, son vécu, son éducation, le nombre de livre déjà lus et leur nature.

Mon objectif est d’aider le lecteur à développer son esprit critique et à nuancer son avis pour le rendre plus personnel et sincère, donc plus intéressant. J’espère que ces échelles permettront d’éviter que toutes les chroniques d’un même livre, ou d’un même blog, se ressemblent.

Ces indicateurs n’auront bien sûr de sens que s’ils sont accompagnés d’un commentaire expliquant le niveau choisi. Je donnerai quelques exemples de livres ou de films pour chaque échelle, ceux-ci ne reflétant que mes goûts personnels. Cet article devenant fleuve, j’ai placé les exemples dans des menus déroulants. Pour les faire apparaître, cliquez sur ceux qui vous intéressent. Let’s go !!

1 – Échelle de difficulté

  • A – Ce livre peut être lu sans problème par un enfant de 10 ans ;
  • B – Ce livre peut être lu par un non-francophone en phase d’apprentissage ;
  • C – Ce livre convient à un large public de langue française ;
  • D – Ce livre nécessite un bon niveau de vocabulaire ;
  • E – Vous risquez de difficilement comprendre tous les mots, concepts et idées de cette histoire ;
  • F – Quasiment personne ne comprendra ce que raconte ce livre…

J’ai choisi de mettre cet indicateur en tête car nous n’aimons ni ne pouvons tous lire des livres de tous niveaux de difficulté, même si nous pouvons naviguer entre plusieurs niveaux.

Par exemple, je pense être aujourd’hui une lectrice qui apprécie plutôt des romans ayant un niveau de difficulté entre D et E. Je n’ai pas honte de reconnaître que certains romans très complexes, érudits ou destructurés me tombent des mains. Je sais aussi que je ne prends plus aucun plaisir à lire des romans ayant un niveau de difficulté inférieur à C.

  • A et B : Beaucoup de romances sont à mon avis de ces niveaux. Je ne les lirais pas en français, mais j’en ai lu plusieurs en anglais pour me perfectionner dans cette langue. Alors que j’ai très vite renoncé à lire Philip Roth en VO…
  • : Je mettrais là les livres qui comportent beaucoup de descriptions, livres historiques, de fantasy, ou de science-fiction : Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, Les piliers de la terre, de Ken Follett, etc. Je mettrais mes propres livres entre les niveaux C et D.
  • : Les prix littéraires peuvent être difficiles à comprendre : Olive Kitteridge d’Elizabeth Strout, qui est un prix Pulitzer, rentre pour moi dans cette catégorie. J’ai adoré ce livre à l’humour décapant, mais j’ai conscience qu’il faut avoir un bon niveau d’éducation et pas mal de maturité pour l’apprécier…
  • : Certains Goncourt peuvent atteindre ce niveau de difficulté… pas tous heureusement ! J’ai lu notamment avec grand plaisir Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, dont j’ai aussi adoré l’humour : si vous lisez déjà des romans historiques ou de fantasy, je vous le recommande chaudement ! Par contre, je reconnais n’avoir pas réussi à lire Waltenberg d’Hédi Kaddour, Goncourt du premier roman, même si j’ai compris que ce texte volait très haut.

2 – Échelle d’ennui

  • A – Je n’ai pas pu finir ce livre, il m’est tombé des mains ;
  • B – J’ai fini ce livre, mais j’ai dû me forcer ;
  • C – Je ne me suis pas du tout ennuyé.e en lisant ce roman ;
  • D – J’ai eu du mal à lâcher ce livre pour dormir ;
  • E – J’ai dû terminer ce livre pour pouvoir m’endormir ;
  • F – J’ai enchaîné avec un autre livre de l’auteur.e dès que j’ai achevé celui-là.

Si vous mentionnez cette échelle, soyez honnête, sinon oubliez-la discrètement. Ni l’auteur ni l’éditeur ne vous en voudront… Quoi qu’il en soit, si  le roman vous a ennuyé, évitez de l’encenser. Les livres coûtent cher, ils sont souvent offerts, et une personne qui a acheté celui-ci sur votre recommandation risque de fuir votre blog si elle vous soupçonne de mensonge. 

Évidemment, ce n’est pas parce qu’un livre vous est tombé des mains qu’il est mauvais. C’est peut-être parce qu’il est trop difficile pour vous, ou que les thèmes abordés ne vous parlent pas. On peut aussi avoir du mal à lire un roman, cf exemples, et trouver qu’il méritait de se donner du mal pour beaucoup d’autres raisons. 

  • : Je n’ai pas pu finir Belle du Seigneur d’Albert Cohen – qui est hautement considéré dans le milieu littéraire – à cause de ses très longues digressions.
  • : J’ai eu du mal à finir American Psycho de Brett Easton Ellis : ses longues descriptions de tortures m’ont vraiment rebutée. Je ne regrette pas d’avoir insisté car sa description du monde des traders des années 80 est brillantissime, et la chute de l’intrigue grandiose. Je le mettrais dans les livres de difficulté E. Idem pour Le chardonneret de Donna Tartt, que je lis en ce moment. Ses longues descriptions ont tendance à m’ennuyer, mais je lirai ce roman jusqu’au bout car cette histoire me plaît pour beaucoup de raisons.
  • D : J’ai du mal à lâcher tous les bons livres, mais…
  • E : …j’arrive depuis longtemps à me discipliner quand il est temps de dormir ! Même si ça n’a pas toujours été le cas.
  • : J’ai ressenti zéro ennui en lisant le tome 1 de La passe-miroir de Christelle Dabos… et je me suis ruée sur les tomes 2 et 3 dès que je l’ai terminé ! Si vous venez d’achever le premier livre de l’auteur mais que vous auriez volontiers enchaîné sur un autre, comme ça m’est arrivé avec quelques collègues indés, n’hésitez pas à choisir le niveau F.

3 – Échelle de vérité

  • A – Niveau conte pour enfants ;
  • B – On nous prend vraiment pour des gosses (ou des imbéciles) ;
  • C – Pas grand-chose ne sonne vrai dans cette histoire ;
  • D – L’auteur.e ne prend pas son lecteur pour un con, ça fait plaisir ;
  • E – L’auteur.e prend ses lecteurs pour des adultes ;
  • F – Niveaux de franchise et de réalisme difficilement soutenables, à ne pas mettre entre toutes les mains.

La vérité – qu’elle relève de la clairvoyance ou de l’honnêteté intellectuelle – est ce qui m’intéresse le plus aujourd’hui dans un roman. Que m’apprend-il du monde dans lequel je vis ou de la nature humaine ? Pour que je trouve une réflexion de cet ordre dans une histoire, encore faut-il que l’auteur.e fasse preuve d’honnêteté.

Or beaucoup d’auteurs renoncent à écrire des histoires un tant soit peu réalistes pour laisser leurs lecteurs dans le confort douillet d’une littérature de distraction un peu infantile, où tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil ; le méchant finit toujours par s’amender ou être puni ; les histoires d’amour finissent toujours bien, etc. Est-ce parce que ces auteurs ne voient pas la réalité ? Je ne crois pas. Si je peux comprendre leurs motivations commerciales, il me semble très utile de valoriser ceux qui font l’effort de nous prendre pour des adultes désireux de progresser.

Quant aux romans basés sur des mondes et des personnages imaginaires de type vampires, super-héros ou autres, ils sont censés aborder des problématiques actuelles sous cet apparent décalage. Plus les relations entre les personnages reflèteront les nôtres, plus l’histoire abordera des thèmes contemporains, plus le roman sera intéressant. Si tous les personnages se comportent de façon simpliste ou rétrograde, lire ce livre vous aura surtout fait perdre votre précieux temps.

  • A et B : Les romances, qui s’inspirent fréquemment de contes de fées pour pré-ados, sont souvent de niveau A à B. Pretty Woman, dont le genre et la fin ont été changés, en fait partie. Dans le scénario d’origine, beaucoup plus pessimiste, Vivian ne finit pas avec Edward. Ce niveau de vérité D n’a pas paru assez commercial au producteur, qui a préféré adapter cette histoire en comédie romantique de niveau B (pas A, on parle quand même de prostitution). Ça ne m’a pas empêchée de voir ce film avec beaucoup de plaisir quand il est sorti. Sans doute parce que l’idée de prostitution et sa réalité étaient trop loin de moi pour que je me pose des questions.
  • C : Certains romans – notamment policiers ou fantastiques – sont tellement tirés par les cheveux, ils mettent en scène des personnages si incohérents que l’histoire manque vite de vraisemblance. Les romans de nombreux auteurs indés souffrent de cette lacune.
  • D : Certaines comédies romantiques peuvent atteindre ce niveau quand leurs auteurs abordent les relations de couple de façon crédible. Exemple : les films 500 jours ensemble et Love Actually. Le contexte peut aussi être abordé avec un certain réalisme, comme le milieu de la mode dans Le diable s’habille en Prada de Lauren Weisberger, ou la production d’une série télé très grand public dans La vie commence à 20 h 10 de Thomas Raphaël. Un auteur hilarant pour une bonne raison : il dit souvent ce qu’il pense !
  • E : La série des Rois maudits de Maurice Druon est de ce niveau, comme Le chardonneret de Donna Tartt. La plupart des livres qui marquent la littérature ont un très bon niveau de réalisme. Si vous voulez comprendre le monde et les réactions des gens qui vous entourent, lisez (aussi) des auteurs qui s’efforcent de dire la vérité…
  • F : Les bienveillantes de Jonathan Littell ou encore Kinderzimmer (qui signifie la chambre des enfants) de Valentine Goby décrivent une réalité si dure qu’ils atteignent pour moi le niveau F. Le second, qui raconte notamment la façon dont étaient traités les nouveau-nés en camp de concentration, est ce que j’ai lu de plus choquant de toute ma vie.

4 – Échelle de style

  • A – Niveau Bottin, même pas mondain ;
  • B – Style très maladroit ;
  • C – Je n’ai pas remarqué de style particulier ;
  • D – J’ai remarqué le style de l’auteur.e ;
  • E – Le style de l’auteur.e est un gros atout du livre ;
  • F – Le style est si complexe que j’ai eu du mal à suivre l’histoire.

Certains ne jurent que par le style. Pas moi car le fond m’intéresse bien plus que la forme. Si l’histoire est bien construite, les personnages intéressants, que l’auteur ne nous raconte pas trop de craques, j’achète ! Pour autant, un beau style ne nuit pas. De plus, les auteurs qui ont du style ont souvent du fond. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça !

  • A : J’ai commencé à lire il y a quelques semaines le dernier roman d’un auteur français de (gros) best-sellers – je ne le nommerai pas par charité – et il m’est tombé des mains à cause d’un style clairement de niveau ZÉRO. C’était tellement nul que je n’en suis toujours pas revenue. J’en reparlerai plus tard : cette affaire mérite un article à elle toute seule…
  • B : Cinquante nuances de Grey de E.L. James, du moins sa traduction, doit atteindre le niveau B. Je ne blâme pas la traductrice car il est peu probable que la VO soit mieux écrite. Total, moi qui voulais m’instruire sur le bondage (au cas où), je n’ai même pas pu : le livre m’est tombé des mains à la troisième page…
  • C : Si vous ne trouvez pas le style d’un livre très original, c’est qu’il est certainement de niveau maximum C.
  • D : Le mien, j’espère, est au moins de ce niveau !
  • E : Les livres de Frédéric Beigbeder sont à ce niveau, surtout quand il est drôle ! Et dans d’autres genres ceux de Candace Bushnell et Emmanuel Carrère. Je citerais aussi Marie NDiaye dont le style de Trois femmes puissantes m’a particulièrement marquée.
  • F : Je me rappelle avoir commencé un roman traduit de l’anglais qui avait une excellente critique. Mais l’auteur abusait tellement des adjectifs que je n’ai pas réussi à suivre l’intrigue. Du coup, j’ai abandonné la lecture et vite oublié titre et auteur.

5 – Échelle d’éthique

  • A – C’est de la provoc, et l’auteur ne sait manifestement pas ce qu’il fait ;
  • B – Les idées présentes dans ce livre sont très contestables ;
  • C – Les idées présentes dans ce livre sont très contestables, mais l’auteur sait manifestement ce qu’il fait ;
  • D – Vous pouvez lire ce livre sans risquer de mal tourner ;
  • E – Les idées défendues dans ce livre sont estimables ;
  • F – Ce livre est trop moralisateur…

Cet indice me tient à cœur car, pour moi, l’intérêt d’un livre varie beaucoup en fonction des valeurs qu’il défend. Certains écrivains estiment qu’ils n’ont aucune responsabilité éthique vis-à-vis du public. Leurs livres regorgent d’idées plus nauséabondes les unes que les autres sans que ces auteurs se préoccupent de leur impact sur les lecteurs, leurs capacités à prendre de la distance et à critiquer le roman.

Je ne fais pas partie de ces auteurs car je pense que les fictions (films, romans, jeux) peuvent influencer le comportement de certaines personnes et les aider (ou pas) à construire leur système de valeurs. J’espère que cette échelle donnera lieu à quelques débats intéressants…

  • A : La philosophie dans le boudoir du marquis de Sade relève pour moi de ce niveau d’éthique. Ce livre fait l’apologie des pires vices et comportements pervers sans la moindre distance critique. Après quelques nuits d’affreux cauchemars, j’ai abandonné cette lecture et renoncé à lire autre chose de ce célèbre auteur…
  • B : Dans Cinquante nuances de Grey, l’image de la femme est si rétrograde que toutes les femmes devraient pourrir l’auteure ! Son succès planétaire reste un mystère pour moi, un mystère très très inquiétant…
  • C : Il n’est pas toujours évident de choisir entre le niveau A et le niveau C d’éthique. La plupart des lettrés considèrent que dans Lolita Vladimir Nabokov sait ce qu’il fait, mais j’avoue que je ne suis pas totalement convaincue… À ce niveau on trouve aussi Baise-moi de Virginie Despentes et Plateforme de Michel Houellebecq, chacun de ces auteurs semblant savoir ce qu’il fait.
  • D : Ces livres sont très fréquents. Dommage qu’ils soient aussi souvent remplis de clichés, donc mensongers !
  • E : J’y mettrais En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, Blond cendré d’Éric Paradisi. Tous les romans engagés sans être simplistes relèvent de ce niveau. Ces livres défendent la vérité historique, les minorités, l’égalité des sexes ; ils critiquent la société ou son évolution possible, etc. L’origine de la violence de Fabrice Humbert, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee, 1984 de George Orwell en font aussi partie.
  • F : Les histoires qui manquent de nuances peuvent vite devenir moralisatrices : par exemple les romans « feel-good », à la mode en ce moment, qui victimisent systématiquement les personnes âgées. Si beaucoup de vieux finissent leur vie tout seuls, c’est peut-être aussi parce qu’ils ont fait chier leurs proches toute leur vie…

6 – Échelle d’originalité

  • A – Cette histoire cumule trop de clichés ;
  • B – Cette histoire ne se distingue pas par son originalité ;
  • C – J’ai déjà lu ce genre d’histoire, mais la version de l’auteur.e est originale ;
  • D – Cette histoire diffère en grande partie de celles que j’ai déjà lues ;
  • E – Cette histoire m’a paru très originale ;
  • F – Cette histoire ne ressemble à rien.

Cet indice parlera davantage à des personnes qui ont pas mal de pages au compteur. De mon côté, je n’en reviens pas du nombre de publications qui pompent sans vergogne des intrigues, bouts d’intrigues et profils de personnages de romans ou de films à succès. Le coup de dire « Toutes les histoires ont déjà été racontées mais pas par toi » est un peu facile. Sans parler des « hommages » qui n’aboutissent qu’à des copies d’intrigues, très chiantes dès qu’on a passé 35 ans…

  • A et B : Je ne voudrais pas me fâcher avec trop de monde…
  • C : Dans Pour un soir seulement de Thomas Raphaël, l’intrigue amoureuse ne m’a pas paru d’une originalité folle. Par contre, le point de vue de l’auteur est tellement drôle qu’il en fait une comédie romantique que j’ai eu grand plaisir à lire.
  • D : Par exemple Les morues de Titiou Lecoq et Cavalcade de Bruno de Stabenrath.
  • E : La passe-miroir de Christelle Dabos ne ressemble à rien de ce que j’ai déjà lu, même si j’admets avoir encore lu peu de fantasy. Certains romans, comme Le portrait de Dorian Grey d’Oscar Wilde, sont si originaux qu’ils deviennent des classiques. Cette histoire a été pompée et adaptée des dizaines de fois depuis plus d’un siècle, mais l’original est indépassable. Idem pour Dune de Franck Herbert.
  • F : Quand j’ai lu les Contes de la folie ordinaire de Charles Bukowski, je suis restée très perplexe. Certaines histoires écrites sous l’effet de l’alcool ou de substances dangereuses peuvent donner cette impression de chaos. Certains aiment, moi pas trop…

7 – Échelle d’enrichissement intellectuel

  • A – Je me suis intellectuellement appauvri.e en lisant ce livre ;
  • B – Je n’ai rien appris de particulier dans ce livre ;
  • C – Ce livre m’a appris plus de choses que je ne pensais ;
  • D – Ce livre a amélioré ma compréhension du monde et des êtres humains ;
  • E – J’ai énormément appris en lisant ce livre ;
  • F – Ce livre a bouleversé ma vision du monde et de ses habitants…

Ne rien apprendre dans un roman n’est pas un drame. De toute façon, plus on avance en âge moins on apprend dans les livres. Le niveau d’enrichissement intellectuel que vous choisirez dépendra donc beaucoup de votre âge, de votre expérience et de votre culture générale.

Si je lis un roman qui met en scène un personnage de comédienne et que l’auteur ne connaît rien à ce métier, je le verrai tout de suite. Je n’apprendrai rien en lisant ce livre et l’auteur se fera allumer sur l’échelle de vérité quand d’autres lectrices choisiront peut-être le niveau C, D ou E. Certains écrivains font des recherches approfondies avant d’écrire, par exemple un roman historique, ce qui rend leur livre particulièrement instructif et crédible. J’ai eu envie de mettre leur travail en valeur via cet indicateur.

  • A : Joker… 🙂
  • B :  De mon côté, je n’apprends plus grand-chose en lisant par exemple des polars grand public. Sans parler des comédies romantiques (Bon allez, j’avoue, j’en lis encore de temps en temps…).
  • C : Parfois des intrigues que l’on connaît bien se déroulent dans des univers originaux, des contextes historiques bien documentés et nous sommes agréablement surpris. Dans Le bonheur commence maintenant de Thomas Raphaël (oui, je l’aime beaucoup !), même si j’avais déjà lu bon nombre de comédies romantiques, sa description du milieu du cinéma m’a beaucoup intéressée. Comme je bosse dedans, je peux vous dire qu’il s’est très bien renseigné avant d’écrire son bouquin !
  • D : Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas et, dans un autre genre, 99 francs de Frédéric Beigbeder m’ont donné l’impression d’ouvrir un peu plus les yeux sur le monde qui m’entoure.
  • E : Je me suis passionnée pour les huit tomes des Rois maudits de Maurice Druon, que j’ai lus vers 20 ans. Moi qui détestais les cours d’histoire, j’ai par la suite pris beaucoup de plaisir à lire des romans historiques, et ils m’ont aidée à combler quelques lacunes. Idem pour Les bienveillantes de Jonathan Littell.
  • F : Quand j’ai lu Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos vers 15 ans, ma vision bisounours des hommes en a été totalement bouleversée. Ils ne pouvaient pas être si méchants !! L’avenir m’a montré que si… Quant à 1984 de George Orwell, lu à peu près au même âge, je n’ai pas peur de dire qu’il a éveillé ma conscience politique.

8 – Échelle de stimulation émotionnelle

  • A – À la lecture de ce livre, je suis resté.e de marbre ;
  • B – Cette histoire ne m’a pas tellement touché.e ;
  • C – Ce livre m’a satisfait.e émotionnellement ;
  • D – Ce livre m’a fait passer par une riche palette d’émotions ;
  • E – Ce livre m’a profondément ému.e ;
  • F – Cette histoire est trop chargée émotionnellement.

Un bon auteur de fiction sait jouer avec les émotions du lecteur. La vie ne donne heureusement pas souvent l’occasion de ressentir la peur, la haine, la colère, la tristesse ou la honte. Elle ne donne malheureusement pas l’occasion à tout le monde de ressentir fréquemment la joie, l’amour, ou la paix. Si le livre vous satisfait émotionnellement, ça compensera beaucoup de faiblesses de style, d’intrigue, etc. Mais si l’auteur joue trop avec les émotions négatives du lecteur (larmes, colère, dégoût, peur, etc.), la lecture peut devenir pénible à bon nombre d’entre nous.

  • A et B : Il m’arrive de rester de marbre ou presque quand je n’arrive pas à entrer en empathie avec le protagoniste de l’histoire, à m’intéresser à ses problèmes. Ce n’est pas forcément la faute de l’auteur, c’est juste que son histoire ne me parle pas.
  • C : Beaucoup de livres, comme la plupart des comédies romantiques et des polars bien construits, arrivent à me satisfaire émotionnellement.
  • D : Le liseur de Bernhard Schlink, dont l’intrigue évolue de façon inattendue (je l’ai lu il y a longtemps, sans savoir quel était le sujet), m’a fait passer par beaucoup d’émotions.
  • E : Oscar et la dame rose d’Éric-Emmanuel Schmitt, D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère m’ont tourneboulée !
  • F : Les auteurs débutants qui abordent des sujets difficiles ne prennent pas toujours assez de recul par rapport à leur vécu, ce qui peut donner des romans très éprouvants à lire. Je me rappelle d’un livre pendant lequel j’ai pleuré quasiment du début à la fin, ce qui ne m’était jamais arrivé. L’issue se voulait optimiste, mais je n’étais plus en état de l’apprécier. Et je garde un mauvais souvenir de ce roman…

9 – Impact sur le moral

  • A – Ce livre m’a bousillé le moral…
  • B – Je déconseillerais ce livre à une personne déprimée ;
  • C – Il vaut mieux lire ce livre quand on est en forme ;
  • D – Ce livre n’a affecté mon moral ni en bien ni en mal ;
  • E – Ce livre m’a remonté le moral ;
  • F – Ce livre a eu un impact extrêmement positif sur mon moral.

Un roman qui détruit le moral d’une personne parce qu’il a été lu à un mauvais moment a peu de chances d’inciter son lecteur à faire de nouveau confiance à l’auteur. Or je vois régulièrement passer des critiques très enthousiastes d’histoires atroces, qui ne comportent pas la moindre mise en garde. M’étant fait piéger quelques fois, il me semble préférable d’être franc à ce sujet. Si le lecteur s’obstine, au moins sera-t-il prévenu…

  • A : Je n’hésite pas à dire que Kinderzimmer de Valentine Goby a été très éprouvant à lire. Ce qu’il nous apprend des humains est totalement déprimant. Mais aussi très instructif. Pensez à le lire… quand vous avez la frite !
  • B : J’ai beaucoup aimé Le fils de Philipp Meyer, mais comme tout roman avec un haut niveau de réalisme, il vaut mieux éviter de le lire en pleine déprime.
  • C : Personnellement j’évite les polars quand je ne suis pas en forme, même quand l’assassin se fait attraper. Mais j’en ai lu des tas quand je pétais la forme entre 20 et 30 ans.
  • D : Je viens de lire La part des flammes de Gaëlle Nohant, roman historique qui traite de la vie des femmes de la bonne société au XIXe siècle. L’histoire est si bien équilibrée entre réalisme et fiction que je n’ai penché ni vers le pessimisme ni vers un optimisme béat à la fin.
  • E : Miss Cyclone de Laurence Peyrin m’avait curieusement fait du bien alors qu’on est loin d’une ambiance bisounours.
  • F : J’y reviens encore, mais les trois tomes de La passe-miroir de Christelle Dabos ont eu un impact aussi positif qu’inattendu sur mon moral. Pourtant je suis loin d’être le public le plus évident pour ce livre de fantasy en principe destiné à la jeunesse.

Les deux indices suivants sont réservés aux romans qui contiennent une intrigue amoureuse ou un minimum d’humour. Inutile de les ajouter si vous commentez un livre qui n’a rien à voir, genre polar atroce ou drame historique.

10 – Échelle de nocivité amoureuse

  • A – Ce roman représente les relations amoureuses de façon désastreusement rétrograde ;
  • B – Les relations amoureuses sont aussi crédibles que dans un conte pour enfants ;
  • C – L’auteur.e a une vision exagérément optimiste des relations amoureuses ;
  • D – Happy end excepté, les relations amoureuses semblent à peu près réalistes ;
  • E – Ce livre vous aidera à grandir affectivement ;
  • F – L’auteur.e a, hélas, tout compris des relations amoureuses.

Si j’ai une dent contre les mauvaises romances, c’est parce qu’il est rare de trouver des informations pertinentes pour affronter les périls de l’amour et du couple ailleurs que dans les fictions. Du coup il me paraît utile, quand on a un peu d’expérience en la matière, de dire (un minimum) la vérité aux lecteurs. Il est quand même possible d’écrire des histoires très distrayantes sans prendre les lecteurs pour des gamins qui refusent de grandir !

Amies blogueuses, arrêtez d’encenser ces livres qui dégradent les femmes, mais aussi les hommes. Il y a tant d’histoires d’amour plus utiles à vos abonnés à chroniquer. Puisque les auteurs n’arrivent pas à renoncer à cette vache à lait qu’est la romance bas-de-gamme, profitez-donc de cet indice pour dire la vérité à vos lecteurs. D’une part, vous permettrez aux auteurs honnêtes de sortir du lot ; d’autre part vous aiderez vos lecteurs à choisir leurs histoires d’amour : ils vous en seront très certainement reconnaissants.

J’ajoute qu’on classe parfois les comédies, comédies romantiques, et toutes les histoires d’amour, dans une catégorie fourre-tout appelée « romance ». Ce qui me pose un vrai problème car le terme romance, issu de l’anglais, signifie roman sentimental. Or, ces histoires sont rarement réalistes alors que les deux autres genres peuvent l’être. Par exemple La rousse qui croyait au père Noël est une comédie et non une romance, l’histoire d’amour étant secondaire dans chaque tome.

Avis aux fans de romances ! Je m’aperçois que je critique souvent ce genre très populaire. Ne voulant pas paraître bornée – je n’ai peut-être pas eu de veine dans mes tentatives de lectures – je propose aux fans de romances de m’indiquer en commentaire leurs titres préférés. Je m’engage à en lire au moins 5 ou 6 et à les commenter honnêtement avec ces 12 échelles. Si j’ai eu tort, je promets – croix de bois, croix de fer – de le reconnaître dans un prochain article. Tous les types de romances hétéros sont permis (j’aurais du mal à me faire une opinion sur les romances gays et lesbiennes) ! Si vous voulez soutenir un titre déjà proposé, indiquez-le sous le commentaire qui l’a cité. Je choisirai en priorité les romans qui ont reçu le plus de votes.

  • A : Cinquante nuances de Grey de E. L. James et, entre autres, toutes les romances qui cantonnent la femme au rôle de pauvre naïve sans défense, d’esclave, d’objet sexuel, etc. Par curiosité j’ai essayé de lire quelques romances, mais je les ai hargneusement refermées chaque fois que l’héroïne se faisait sexuellement agresser mais ne s’en formalisait pas trop car le type était riche et (trop) beau. Je n’en ai fini aucune…
  • B : Pretty Woman a beau être un film très bien fichu à plein d’égards, l’histoire entre Vivian et Edward est – prostitution mise à part – clairement un conte pour enfants. Les romances qui reprennent ce schéma de la fille pauvre sauvée par un milliardaire sont innombrables. Je crois qu’il est temps d’arrêter ce scénar absurde usé jusqu’à la trame. 
  • C : Les romances qui évitent les écueils précédents mais dans lesquels les hommes parlent et agissent comme des femmes, ce qui est fréquent, entrent dans cette catégorie. Sans doute parce que ce sont des femmes (et pas très psychologues) qui les écrivent.
  • D : Beaucoup de bonnes comédies romantiques entrent dans cette catégorie, comme Le journal de Bridget Jones d’Helen Fielding, mais aussi Sex and the city (la série librement inspirée du livre de Candace Bushnell). Comme tout le monde le sait maintenant, à la fin de la série Carrie finit par épouser le fameux et insaisissable M. Big. Une fin que Candace Bushnell désapprouvait car elle ne la trouvait pas du tout crédible. Le producteur, plus préoccupé de s’en mettre plein les poches que de respecter la cohérence des personnages, n’en a tenu aucun compte. 
  • E : Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, Chéri de Colette (il faut lire les deux tomes), Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand et Cause Céleb’ d’Helen Fielding (écrit avant Bridget Jones et beaucoup plus pessimiste au sujet des histoires de couple) ont assurément planté quelques graines dans mon petit cœur naïf. Même s’il a fallu beaucoup de temps pour qu’elles se décident à germer…
  • F : Cupidon, tête de con de Caroline Huyghues est un témoignage à lire absolument avant de se lancer sur les sites de rencontres : aucun livre ne m’a fait autant rire et j’en ai lus un paquet (échelle d’humour F) ! Je mettrais aussi L’amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder (malgré le twist final qui ne trompe personne) car ce livre, comme L’égoïste romantique ou Au secours pardon, éclairera pas mal de femmes sur la psychologie masculine. Et pour savoir ce que Candace Bushnell pense vraiment des relations amoureuses et de la célébrité, lisez En finir avec Monica.

11 – Échelle d’humour

  • A – Cette « comédie », ne m’a pas fait rire du tout !
  • B – J’ai bien dû esquisser un ou deux sourires…
  • C – Ce livre m’a fait sourire plusieurs fois ;
  • D – Ce livre m’a vraiment mis.e de bonne humeur ;
  • E – Qu’est-ce que j’ai ri en lisant ce livre !
  • F – Ce livre est un vrai remède contre le blues !

Le rire étant comme l’amour indispensable à la santé, j’ai ajouté cette échelle pour que vous puissiez mettre en valeur les romans vraiment drôles. Il est tellement difficile de faire rire – chacun riant pour des raisons différentes – qu’il faut encourager les courageux auteurs qui s’y collent. 🙂 Sinon vous ne trouverez bientôt plus que des polars déprimants et des histoires gnangnan en rayon…

  • A : Si vous avez lu une comédie et que vous n’avez pas ri du tout, c’est qu’elle est ratée ou que vous ne comprenez pas l’humour de l’auteur. Peut-être parce que vous n’avez pas le même. Par exemple le premier OSS 117 Le Caire, nid d’espions ne m’a pas fait rire alors que beaucoup de gens l’ont trouvé hilarant.
  • : De même, Bienvenue chez les Ch’tis ne m’a quasiment pas fait rire. Le reste de la salle non plus… Aaah, ces Parigots, ils sont vraiment tous coincés ! Quant aux livres censés être drôles, s’ils ne me font pas rire ils me tombent vite des mains…
  • : Si les personnages d’une comédie sont très loin de moi, je risque de moins l’apprécier. Par exemple, les blagues entre ados actuels me passent en bonne partie au-dessus de la tête : je ne comprends plus tout ce qu’ils se racontent…
  • : Les bonnes comédies romantiques françaises ou anglo-saxonnes me mettent toujours de bonne humeur, mais aussi Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson, Les morues de Titiou Lecoq, Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb (sur les rapports auteur/lecteur)…
  • En moins bien d’Arnaud Le Guilcher, un roman très original, est hilarant, de même que Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre : un Goncourt aussi drôle (qui plus est sur un sujet pas drôle), c’est à marquer d’une pierre blanche !
  • : Ce sont souvent des comédies pures. Les livres de Frédéric Beigbeder, quand ils sont drôles, sont de vrais antidépresseurs, ainsi que les comédies d’Oscar Wilde comme L’importance d’être Constant. Enfin, moi ils me font beaucoup rire ! Et aussi Pour un soir seulement de Thomas Raphaël et Cupidon, tête de con de Caroline Huyghues que j’ai déjà cités.

12 – Échelle de succès

  • A – Je noterai le nom de l’auteur.e (pour éviter de le/la racheter) ;
  • B – Je lirai probablement d’autres livres de cet.te auteur.e… un jour ;
  • C – Je recommanderai ce livre à mes amis ;
  • D – Je rachèterai ou offrirai des livres de cet.te auteur.e. D’ailleurs, je l’ai déjà fait !
  • E – Je vais vite acheter un autre livre de cet.te auteur.e ;
  • F – J’ai lu tous les livres de l’auteur.e et/ou me suis abonné.e à son blog pour ne pas rater le prochain.

Ne soyons pas hypocrites : un.e auteur.e qui passe des mois ou des années à écrire un roman espère qu’il plaira suffisamment pour se vendre. Et se vendre suffisamment pour parvenir un jour à vivre de ses histoires. Quels que soient les niveaux des indicateurs précédents, c’est sur celui-ci que se jouera l’avenir du livre. Si les lecteurs aiment un roman, même beaucoup, mais qu’ils ne ressentent pas l’envie d’en parler à leurs amis ou de l’offrir, il risque de disparaître très vite des librairies et des classements de vente. Et son auteur avec…

C’est ce qui s’est passé pour le tome 1 de La rousse qui croyait au père Noël. J’ai reçu près de 70 chroniques de blogs positives à très enthousiastes, plus de 300 personnes l’ont acheté, près de 500 l’ont lu, et pourtant le tome 2 (bien plus abouti à mon avis) totalise moins de 30 ventes depuis sa parution il y plus d’un an. Même si quelques personnes m’ont dit l’avoir recommandé, le tome 1 n’a au final pas dépassé le niveau B de cet indice. Du coup, j’ai provisoirement laissé la série de côté et j’ai publié cette année un recueil de nouvelles qui aborde d’autres sujets et d’autres genres. Je m’attèlerai au tome 3 de La rousse quand le tome 2 commencera à trouver son public. Si les ventes ne décollent pas, la série restera inachevée comme cela se produit de plus en plus souvent avec des séries TV jugées pas assez rentables, comme Les revenants ou encore les excellentes Rome et Deadwood.

Je mets au sommet du succès du livre l’abonnement au blog de l’auteur (il n’en a pas toujours, surtout quand il est déjà connu) car il témoigne d’un fort engagement du lecteur. Quand un livre vous a passionné.e, pensez à vous abonner au blog de l’écrivain plutôt qu’à le suivre sur les réseaux sociaux. Ceux-ci deviennent tellement voraces que les auteurs doivent désormais payer très cher pour que leurs posts atteignent un minimum leurs abonnés. Et ils n’ont souvent pas les moyens de le faire.

  • A : Jocker…
  • B : J’ai terminé beaucoup de livres en me disant que j’en lirais d’autres de leurs auteurs, sans l’avoir encore fait. Sans doute parce que j’ai préféré lire d’autres auteurs ou qu’entretemps j’ai oublié le nom des précédents…
  • C : Je n’ai pas encore lu d’autres livres de Valentine Goby (Kinderzimmer), Florence Aubenas (Le quai de Ouistreham) ou Jean-Christophe Rufin (Le grand Cœur) mais je les recommanderais sans hésiter.
  • D : Je n’ai pas encore lu d’autres livres de Céline Minard et Fabrice Humbert, mais j’ai déjà offert leurs romans respectifs Faillir être flingué et L’origine de la violence. Je n’ai pas encore lu d’autres livres de Titiou Lecoq (Les morues), mais je le ferai assurément (c’est noté !).
  • E : Dès que j’ai terminé le tome 1 de La passe-miroir de Christelle Dabos, je me suis jetée sur les tome 2 et 3, comme je l’ai dit précédemment. Sans doute parce que cette histoire a eu un impact très positif sur mon moral.
  • F : J’ai lu presque tous les livres de Frédéric Beigbeder (qui n’a pas besoin de blog) et de Thomas Raphaël (qui ne juge pas utile d’avoir une liste d’abonnés sur son blog, à mon avis il a tort). Je suis aussi abonnée au blog de quelques auteur.e.s.

Pourquoi il n'y a pas d'échelle d'intrigue ?

Je n’ai pas mis d’échelle d’intrigue, car un livre peut être réussi sans avoir une intrigue très élaborée. D’autre part, seuls des professionnels de la dramaturgie peuvent évaluer la qualité d’une intrigue, dont la construction peut être très subtile. Idem pour la qualité de construction de personnages, d’un univers, de dialogues, etc. Une critique ne sert pas – contrairement à ce que je lis régulièrement – à aider l’auteur à s’améliorer, mais à rendre compte d’une expérience de lecture

Pourquoi il n'y a pas d’indicateur global ?!

Je ne propose pas d’échelle globale parce que ces notations, utilisées partout pour évaluer la qualité d’un produit, n’ont pas de sens en littérature (ni en cinéma, théâtre, peinture, sculpture, etc.). On ne peut pas évaluer un livre, un film ou un tableau comme une paire de chaussettes ou un fer à repasser !

Choisir un livre sur la note moyenne attribuée par ses lecteurs est hasardeux car rien ne dit que vous avez les mêmes goûts que le lecteur moyen. Je m’aperçois que c’est mon cas. Que ce soit une question d’âge ou de culture, la note globale ne me dira pas du tout si tel livre va me plaire. Seuls des avis sincères de gens ayant des goûts similaires aux miens peuvent orienter mon choix. 

En attendant que les e-commerçants changent ce système d’évaluation rudimentaire à 5 étoiles pour les productions artistiques, n’oubliez pas de poster étoiles et commentaires chaque fois que vous voudrez encourager un.e auteur.e à poursuivre ses écrits. C’est une des rares initiatives (avec le bouche-à-oreille et bien sûr l’achat) qui aident les livres – surtout autoédités – à obtenir de la visibilité.

Pourquoi il n'y a pas de note de couverture ?

Je vois parfois des blogueurs noter la couverture d’un roman, note qui peut entrer dans l’évaluation du livre au même titre que l’intrigue, le style, les personnages, etc. Or mettre sur le même plan l’histoire, que l’auteur.e a mis des mois ou des années à construire, et la couverture, qu’un graphiste souvent sous-payé a mis quelques minutes à réaliser, me fait dresser les cheveux sur la tête.

Sachez déjà qu’un auteur édité n’a pas, c’est inscrit dans son contrat, le dernier mot ni sur le titre ni sur la couverture de son roman. Si la couverture est moche, l’auteur n’y peut pas grand-chose. Il arrive même (je l’ai vu plusieurs fois) qu’une couverture utilise la même illustration que le roman d’un autre écrivain, tout simplement parce que peu d’éditeurs acceptent de payer plus cher pour bénéficier d’illustrations exclusives.

Si vous voulez évaluer les compétences marketing de l’éditeur – ce n’est pas le but de ces indicateurs – soyez assez sympa pour le faire (vraiment) à part. De cette façon, si l’histoire vous a plu mais que la couverture du livre vous a déplu, votre évaluation du roman ne pâtira pas de la radinerie de l’éditeur ou de son incompétence.

Quant aux auteurs autoédités, peu ont les moyens de se payer un graphiste compétent. Encore moins ont la volonté, comme moi, de se former pour réaliser eux-mêmes (à leurs risques et périls) leurs couvertures. Encore une fois, il est plus important de réussir l’histoire que la couv.

Pour donner un exemple plus parlant, choisir un livre sur la couverture revient à choisir un album de musique sur la jaquette. En général on a d’autres critères, n’est-ce pas ?

Ces 12 indicateurs vous intéressent ??

Déjà, bravo d’être arrivé.e à la fin de ce très long article ! J’aurais aimé faire plus court, mais je n’ai pas trouvé comment… Pour vous remercier, voici la liste des 12 échelles rassemblées dans un document PDF téléchargeable en cliquant sur ce lien.

Mise à jour du 6/11/2019 : Suite à une judicieuse remarque d’Edwige, du blog Nualiv – qui trouvait que la formulation des niveaux n’était pas adaptée à la littérature pour enfants et adolescents – je vous propose également une version Jeunesse du PDF en cliquant sur ce lien.

Avec cet autre lien, vous pourrez télécharger la critique de Femme au bord du monde de Catarina Viti. J’ai voulu en effet tester ces indicateurs sur le dernier livre qui m’a plu, afin de montrer comment on pouvait les utiliser. 

Et comme je suis bonne comme le pain, vous n’aurez même pas besoin de donner votre mail en échange de ces documents !

Vous pouvez utiliser ces 12 échelles pour tous vos commentaires de lecture (forums, e-librairies, etc.) ainsi que pour votre blog, vlog, podcast. Si vous êtes blogueur.euse (ou journaliste), je ne vous demande que deux choses :

  1. utiliser ces 12 échelles sans modifier leur nombre ni leur contenu ;
  2. mentionner clairement quelque part que je suis l’auteure des échelles.

Si vous en profitez pour indiquer le lien vers mon blog, ça me fera très plaisir. Et si vous me taggez sur les réseaux sociaux en postant votre article, podcast ou vidéo, aussi. Je suis en effet curieuse de voir comment cette liste sera utilisée, si elle fera avancer le schmilblick, si elle donnera lieu à quelques débats constructifs, etc.

Vous pouvez aussi envoyer ces PDF à vos amis, sous réserve de ne pas les modifier et qu’eux-mêmes respectent au minimum ces deux conditions d’utilisation.

Enfin, si vous avez des remarques, questions, protestations, n’hésitez pas à les indiquer en commentaire.

J’espère que cet article aidera chacun à écrire des commentaires plus honnêtes et argumentés, permettant aux autres de faire des choix de lecture plus éclairés. Si tous les commentateurs qui utiliseront ces échelles jouent le jeu, je suis convaincue que lecteurs, auteurs et éditeurs y gagneront tous.

Bonnes lectures !

14 Commentaires

  1. En ce qui me concerne, l’objectivité en littérature est largement une illusion, même si je trouve que le diagnostic posé en début d’article est difficile à réfuter. Les marqueurs chiffrés, ça n’est pas pour moi mais mes principes rejoignent ceux qui sont exposés ici: rédiger une critique plutôt qu’une chronique, jeter un regard analytique sur le livre, m’attarder sur ses points positifs et négatifs.

  2. Bonjour Suzanne,
    Je suis en train d’écrire une chronique en me basant sur cette échelle et j’avoue que je suis un peu gênée par l’échelle de vérité. Moi qui lis beaucoup de littérature jeunesse, je n’ai pas pour autant l’impression que les auteurs qui écrivent dans ce genre me prennent pour une conne. Pour autant, je ne peux pas choisir un D pour un conte pour enfant… Du coup, ça me perturbe sur l’utilisation de cet item en particulier.
    Un conseil ?

    • Bonjour, Je pense qu’il faut séparer les livres, comme dans la bibliothèque de mon village, en catégories: “jeunesse, ados/jeunes adultes, et adultes”. Seule Suzanne pourrait répondre, mais il me semble qu’ici, cette échelle ne s’adresse qu’aux livres adultes.

      • Vous avez raison, Françoise, les échelles de l’article ne concernent que la littérature adulte. Pour combler cette lacune, j’ai ajouté une version jeunesse des échelles.

  3. Très intéressant, un bel esprit d’analyse à propos de ce que l’on se dit en refermant un livre.

  4. Personnellement, dans mes chroniques, je tente toujours de rester le plus objective possible. Au grand jamais je ne rédige mes avis suivant l’auteur ou l’éditeur, que ce soit une lecture personnelle ou en service presse, je critique de la même manière, que ce soit en positif ou négatif. Je ne suis certainement du genre à faire un avis positif parce que je papote avec un auteur et que le courant passe bien, il est où alors l’interêt de faire une chronique si ce n’est que pour encenser ? Cependant, si je n’adhère vraiment pas à un livre, je préfère en parler avec l’auteur plutôt que de “descendre” son livre pour lequel il a certainement passé pas mal d’heures dessus.
    Mais c’est vrai que certaines blogueuses littéraire ne donnent que des avis positifs pour certains auteurs ou éditeurs, je n’en vois pas l’intérêt et je ne ferai jamais d’avis en fonction de l’auteur ou l’éditeur.
    Par contre, un avis est personnel, nous avons chacun notre vécu et nous ressentons un récit en fonction de celui-ci, ce qui est normal. J’ai déjà lu plusieurs livres pour lesquels je voyais des coups de coeur alors que pour moi ils ne l’étaient pas, et parfois loin de l’être d’ailleurs. Tout comme l’inverse également, des livres avec des mauvaises notes alors que pour moi c’était parfois des coups de coeurs.
    Je suis d’accord sur le fait que en tant que simple blogueuse littéraire, ce n’est pas mon métier de critiquer des livres, il y en a qui ont fait des études littéraire et qui en font leur boulot, moi ce n’est qu’une passion depuis toujours que je tente de transmettre.
    Mais je prend en compte les points soulevés dans ton article et je vais y regarder de près afin de voir à modifier ma manière de rédiger mes avis par la suite 🙂

    • Merci de ce retour détaillé, Brigitte, il est important que les blogueuses donnent aussi leur point de vue sur cet article, elles sont trop timides et c’est dommage ! 🙂 Tu as raison de ménager les auteurs, écrire un livre est un travail énorme. Le problème des commentaires de complaisance est que les lecteurs ne voient pas de différence entre les très bons livres et les livres médiocres : tous ont beaucoup d’excellents avis sur les plateformes de vente. Il me semble qu’il faudrait essayer d’être plus sélectif. Par exemple, ne commenter que les livres qui ont vraiment plu, quitte à décevoir l’éditeur ou l’auteur. C’est ce que je fais de mon côté. Et si je dois critiquer certains aspects d’un livre, je sais que ce sera mineur par rapport à tout ce que j’ai aimé.

  5. Bravo ! J’adhère totalement. Seule une échelle de valeurs, comme celles que vous proposez, peut permettre aux autres de faire des choix de lecture plus éclairés. Et je partage votre affirmation : une ne critique ne sert pas – contrairement à ce que je lis régulièrement – à aider l’auteur à s’améliorer, mais à rendre compte d’une expérience de lecture.

  6. Merci pour cet article 🙂

  7. Venusia Angelite

    Je suis admirative de cette échelle car elle permet en effet une évaluation beaucoup plus objective sur un roman, si tant est qu’on y réponde avec franchise. Je ne suis pas blogueuse ni chroniqueuse, mais si elles utilisaient ce genre d’échelles comme base, les chroniques seraient véritablement constructives et moins dictées par l’émotionnel (la peur de blesser ou de se faire mal voir) ou les rapports que l’on entretient avec l’auteur(e).
    À utiliser sans modération !

  8. Nicolas TISON

    très bonne idée

  9. Bravo pour cet article très complet. Et que je trouve très pertinent. Mais, qui suis-je pour juger, hein ? 😂

    • Très bonne analyse. le seul problème que j’ai est avec les F. parfois, c’est une note très positive, parfois, certains F donnent envie d’aller lire ailleurs, Qualifier un livre de moralisateur me ferait plutôt fuir, et vous donnez F à cette option. Mais c’est bien mon seul reproche.

      • Vous avez raison, la meilleure note des échelles n’est pas forcément F : un livre moralisateur me fait fuir aussi ! Ces échelles sont avant tout qualitatives, sinon j’aurais noté de 0 à 5 et non de A à F. Je ne voulais pas qu’on utilise cette liste pour établir de note moyenne, laquelle aurait pu passer pour un indicateur de la valeur globale du livre. La note F traduit parfois l’idée que “le mieux est l’ennemi du bien”…

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