Visuel de l'article Après la pluie... et autres dictons cons

Depuis quelques années un virus particulièrement contagieux, aussi nocif pour le cerveau que le sucre l’est pour la ligne, se propage sournoisement en France. Il est si répandu sur les réseaux sociaux qu’il m’arrive de renoncer à consulter Facebook et Instagram de peur de griller les quelques neurones qu’il me reste. Mais garder mes distances avec les réseaux sociaux ne suffira bientôt plus car ce poison prolifère désormais dans les romans, infectant jusqu’aux couvertures d’éditeurs habituellement respectables. Ce sont… les dictons cons.

(Concernant les titres de romans qui abusent des dictons cons en ce moment, après réflexion j’ai décidé de ne pas les balancer afin de ne pas froisser mes collègues auteurs. La plupart sont édités, et ce sont généralement les éditeurs qui choisissent les titres. À leur décharge, ces titres se vendent très bien.)

C’est quoi un dicton con ?

Le dicton con, c’est celui qui sort (souvent spontanément) quand une personne ne sait pas quoi répondre une autre qui la bassine avec ses ennuis. Exemples :

  • À la copine qui vient de se faire plaquer : Un.e de perdu.e, dix de retrouvé.e.s ! 😀
  • À celle qui traverse une mauvaise passe : Après la pluie, le beau temps ! 😀
  • À celui qui vient de sortir d’une épreuve horrible : Ce qui ne tue pas rend plus fort ! 😀
  • À ceux sur qui le sort s’acharne : N’attends pas que les orages passent, apprends à danser sous la pluie ! 😀

Et peut-être mon préféré :

  • À quelqu’un qui pense avoir raté sa vie : L’important c’est pas le but, c’est le chemin ! 😀

Pourquoi tu dis qu’ils sont cons ces dictons ?

Ces dictons sont cons parce qu’ils sont faux, n’apportent rien à la personne dans le caca, et font passer celui qui les prononce pour un naïf ou pire un imbécile. Démonstration :

1 – Un de perdu, dix de retrouvés

C’en est un que j’ai beaucoup entendu dans ma jeunesse pourtant pas si folle, et je sais maintenant qu’il est archifaux. Les rencontres importantes sont très rares dans une vie. Ce n’est donc pas parce que ta copine va se jeter sur Tinder qu’elle remplacera vite son adoré.e. Elle enchaînera plus probablement les histoires foireuses, et rencontrera tellement de pauvres types – ou de garces, en fonction de ses préférences amoureuses – qu’elle restera comme moi célibataire jusqu’à sa mort (enfin, c’est pas encore sûr…).

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2 – Après la pluie, le beau temps

Si ce dicton est vrai, ma vie souffre depuis vingt ans d’un sacré dérèglement climatique. Si quelqu’un m’avait sorti cette ânerie la bouche en cœur au cours des dix dernières années alors que je cumulais les échecs personnels et professionnels ; les emmerdements financiers, personnels, et j’en passe… il aurait découvert avec effroi que je peux avoir un langage assez fleuri. Aujourd’hui, je vais mieux mais évitez quand même ce genre de proverbes avec moi, c’est plus prudent…

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Côté expressions climatiques, je préfère de loin “Après moi, le déluge…” qui est beaucoup plus réaliste, la plupart des gens se contrefichant des conséquences de leurs actes ou de leur inaction. Par exemple ceux qui nient l’existence du réchauffement climatique, tout simplement parce que les mesures qu’il faudrait prendre ne les arrangent pas.

3 – Ce qui ne tue pas rend plus fort

Ben voyons… Va dire ça au mec qui se remet péniblement de son cancer ou à celui qui sort de taule. J’ai traversé des périodes très difficiles et je suis sûre d’une chose : elles ne m’ont pas rendue plus forte. Elles m’ont usée, affaiblie, grignoté la santé, souvent embrouillé le cerveau, c’est tout.

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4 – Il faut apprendre à danser sous la pluie

Franchement, à part se choper une bonne pneumonie, je ne vois pas l’intérêt de danser sous la pluie. Je me suis pris un paquet d’averses sur la tête pendant trois ans, et je n’ai jamais trouvé le temps ni l’envie de danser. La seule chose qui m’importait, c’était de m’en sortir. Quand tu es paumé dans la jungle, que tu essuies déluge après déluge, tu ne cherches pas à faire des entrechats, tu regardes à deux fois où tu mets les pieds et tu traverses le plus vite possible.

5 – L’important, c’est le chemin

Pour moi, le but est plus important que le chemin. Pourquoi ? Parce que sans but, on n’a pas de boussole. Si mon rêve est de gagner ma vie en écrivant des livres et que trois pelés les lisent avant ma mort (après, ça me fera une belle jambe), c’est que je me suis trompée de route. Ou que je n’ai pas fait ce qu’il fallait pour atteindre mon objectif. J’aurai peut-être visité la jungle, mais pour rien.

Au bout d’un moment, seul atteindre son but peut justifier les sacrifices qu’on a faits pour y parvenir. Si j’échoue, rien ni personne ne valorisera ce que j’ai appris sur le chemin. Je resterai une loseuse. Comme je n’ai pas envie de laisser cette image peu flatteuse dans les mémoires, sans parler de la mienne, je me concentre sur mon objectif : réussir à vendre plus de livres qu’Agnès Martin-Lugand. Elle a autoédité son premier roman Les gens heureux lisent et boivent du café quelques semaines avant moi sur Amazon, et fait aujourd’hui partie des romancières les plus vendues en France. Pourquoi elle et pas moi ? Ça reste un mystère… 🙂

Les vrais dictons

Ce n’est pas parce que certains dictons et citations sont faux qu’ils le sont tous. J’adore par exemple :

  • Mieux vaut être seul.e que mal accompagné.e ;
  • L’enfer est pavé de bonnes intentions ;
  • À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ;
  • Aide-toi et le ciel t’aidera ;
  • Rira bien qui rira le dernier.

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Afin de contribuer au développement de la sagesse populaire, je vous propose quelques nouveaux dictions vrais pour remplacer les faux :

  1. Un con de perdu, dix de retrouvés (celui-ci n’est pas près de se périmer) ;
  2. Après la pluie, le beau temps n’est pas garanti ;
  3. Ce qui te tue pas la première fois te ratera pas la deuxième ;
  4. N’attends pas que les orages passent, apprends à courir vite et éviter la foudre ;
  5. Si t’as pas de but, tu trouveras pas ton chemin.

Bon, je poste quoi sur les réseaux sociaux ??

Chaque fois que je me hasarde sur Facebook, Twitter ou Instagram, je suis déprimée par la foultitude de posts insipides que j’y croise. J’ai parlé des photos de chats en début d’année, mais ce ne sont finalement pas les pires.

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Entre les publications de mes 394 amis, celles des pages que j’ai likées et celles des groupes dont je suis membre, mon fil Facebook me fait de plus en plus penser aux kaléidoscopes de l’Observatoire des déviations, au centre du tome 4 de La passe-miroir de Christelle Dabos…

Partages (involontaires) de fake news ; affreux selfies bidouillés (pour être tout à fait honnête, les miens le sont aussi) ; diatribes politiques économiques et environnementales ; anecdotes du quotidien dont on se passerait bien ; incessants partages pour renvoyer l’ascenseur ; vidéos perso qui sautent à la figure toutes les trois secondes… : ce capharnaüm ne me permet plus de trouver sur Facebook ce que j’étais venue y chercher au départ : des nouvelles de mes amis et connaissances.

  • Ce qu’ils font d’intéressant ou d’original ;
  • Leurs témoignages ;
  • Leur opinion (et pas toujours celle du voisin ou des journalistes) sur l’actualité ou n’importe quoi d’autre ;
  • Des idées de livres, films, musique, spectacles ;
  • Quelques photos dont ils seraient particulièrement fiers ;
  • Des citations qui les auraient réellement inspirés, etc.

Bref, des petits moments vraiment personnels qui me donneraient l’impression de mieux les connaître. Bien sûr j’en vois de temps en temps, et je suis toujours émerveillée de tomber sur ces fragments de vérité et d’authenticité. Mais ils restent rares.

Au final, les seules publications dont je ne me lasse jamais sont les blagues et les citations humoristiques. Elles ont pullulé sur Facebook pendant le confinement et leur humour, souvent féroce, m’a fait rire aux éclats chaque fois que je passais sur mon fil : un grand merci à ceux et celles d’entre vous qui ont osé les poster !

La prochaine fois que vous voudrez partager le post de quelqu’un d’autre sur un réseau social, demandez-vous si cette publication enrichira vraiment votre fil d’actualité. Si vous n’en êtes pas certain, tentez une publication plus personnelle. Vous pourriez être surpris du résultat.

***

Comme chaque été, le blog se met en pause pendant quelques semaines. Je souhaite donc de belles vacances à ceux qui vont en prendre et bon courage à ceux qui viennent de rentrer ou n’ont pas de congés cette année. Faites attention à votre petite santé, prudence avec les embrassades. Souvenez-vous du proverbe (très vrai lui aussi) : Qui trop embrasse mal étreint…

Sur cette dernière leçon de morale, on se retrouve à la rentrée ! 🙂

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Cet article a 2 commentaires

  1. catarina viti

    Eh, oui… après la pluie.
    Ceci dit, c’est le titre d’un magnifique film japonais de Takashi Koizomi. Titre bien justifié d’ailleurs, vu le scénario (la pluie a fait déborder la rivière qui est devenue un infranchissable torrent… bref… un film à voir (surtout si l’on aime l’art du sabre) (mais ceci est une autre histoire).
    Comme il n’y a pas plus de hasard que de pluie en juillet-août en Quercy, voilà -t-y pas que j’aperçois, ce matin, bien posé au-dessus d’une poubelle, un livre au titre interpellant : “L’expérience de la pluie”.
    Croyez-le si vous voulez, cela m’a fait comme un koan -révélation zen découlant généralement d’une phrase énoncée par un maître.
    “L’expérience de la pluie” (je ne vous dirai pas l’auteur, vous n’avez qu’à chercher, et toc). Oui, oui, oui, tout y est, chère Suzanne : le titre mais pas que, la couve aussi, et les couleurs acidulées juste ce qu’il faut. Et là… bang ! et bang !! (un coup à droite, un coup à gauche) = voici un chef d’oeuvre -que je ne lirai probablement jamais-, écrit par une célèbre écrivaine -dont je n’ai jamais entendu parler.
    Eh oui, eh oui, eh oui… l’univers numérique, esclave de l’univers littéraire (à moins que ce ne soit l’inverse) regorge de chefs-d’oeuvre et d’écrivains immortels. Et même en courant plus vite que le vent… (tiens, une idée de titre) je n’aurai pas le temps (encore un. Scheisse !) Même en courant plus vite que le vent, plus vite que le temps, même en volant, je n’aurai pas le temps de lire tous ces chefs-d’oeuvre… heureusement, ils sont éternels !

  2. Suzanne Marty

    J’ai trouvé “L’expérience de la pluie” ! Ce n’est pas à celui-là que je faisais allusion, mais il est vrai qu’il est en plein dans le sujet… lol

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