Stylistes, arrêtez de massacrer les plus belles femmes du monde !

Stylistes, arrêtez de massacrer les plus belles femmes du monde !

Aller me faire chouchouter chez le coiffeur reste une de mes sorties préférées. Pendant que ma couleur mijote sous la chaleur – oui, je suis à nouveau rousse, j’ai craqué au printemps dernier – je lis les derniers potins dans les magazines féminins, je scrute mon horoscope du mois (qui ne se réalise jamais), j’admire de jolis bijoux et accessoires (que je ne peux pas me payer), etc. et je suis HEUREUSE !

Le mois dernier, je profitais de ce bonheur paisible quand mon regard a été attiré par la petite photo d’une fille en train de défiler au bas d’une page sur les nouvelles tendances de la mode. N’en croyant pas mes yeux, j’ai collé le magazine sur mon nez :

OH MY GOD, ON NE PEUT PAS LEUR DEMANDER ÇA ?!

Ladite photo représentait une créature qu’on aurait cru tout droit sortie d’un camp de concentration : côtes saillantes, bras et jambes squelettiques, cernes impossibles à cacher avec le maquillage, joues creuses, cheveux clairsemés. Le nom du « créateur » m’était inconnu mais, voulant comprendre ce qui justifiait l’emploi d’une fille aussi délabrée par les régimes dans son défilé, j’ai examiné les vêtements qu’elle portait : quelques pièces de tissu sans coupe flottant comme des drapeaux autour d’elle. Ces nippes présentaient une certaine cohérence avec le côté pitoyable de la fille, mais elles auraient aussi bien convenu à un mannequin faisant un 38 ou un 42. Alors pourquoi imposer cette maigreur ?

Les stylistes français sont-ils sadiques ??

La question des mensurations exigées des mannequins de défilé n’est pas récente. Il y a plus de dix ans, l’Espagne et l’Italie (entre autres) ont imposé des limites à la maigreur des modèles, accusée d’encourager les comportements anorexiques des jeunes filles. Alors pourquoi la France, pays très attaché aux droits des femmes, laisse-t-elle une bande de pseudo-créateurs sadiques et misogynes bousiller les plus belles femmes du monde ??

Ayant moi-même une formation dans le luxe, je suis également atterrée de savoir que ces tortionnaires utilisent les plus beaux tissus ainsi que les compétences des meilleurs artisans français de la couture et de la broderie pour réaliser ce genre de frusques. Seule consolation, ces haillons scandaleusement chers seront achetés par des gens dont le niveau d’élégance est proche du zéro absolu. Il faut bien qu’il y ait un peu de justice dans ce monde de brutes !

Les magazines féminins se préoccupent-ils vraiment des femmes ?

En voyant cette photo si peu féminine dans un magazine français qualifié de féminin, je me suis dit : « Tu vas voir, ce torchon appartient à un groupe de luxe infesté de machos, c’est pour ça qu’ils laissent passer cette photo répugnante ». Eh bien, pas du tout ! Le magazine en question appartient à un groupe de presse français qui gère de nombreux autres titres destinés à un public féminin. Si cette photo est passée, c’est que personne dans la rédaction n’a réagi en la voyant ni la rédactrice en chef, ni la femme responsable des pages Mode, ni le maquettiste, ni les correcteurs, etc. Comment est-ce possible ?

Le plus probable est que le styliste présenté sur la photo travaille pour un groupe de luxe dont la pub finance le magazine en question. Autre possibilité : les journalistes de mode ont tellement l’habitude de voir défiler ces pauvres araignées sur deux pattes qu’elles ne voient même plus leurs regards vides et leurs corps épuisés par les régimes. Et quand je lis que le numéro suivant dudit magazine titrera « Comment perdre sa cellulite avant l’été », les bras m’en tombent…

Jusqu’où iront ces publications pour vendre leur camelote ? Les journalistes de la presse féminine ont-elles, elles aussi, trop maigri du cerveau ?? En attendant que ces dames s’intéressent vraiment aux préoccupations des femmes modernes, je m’abstiendrai de dépenser le moindre euro dans des revues soi-disant féminines qui se préoccupent davantage du bien-être animal que de celui des jeunes filles qui s’affichent dans leurs pages.

Lire aussi : Certains magazines féminins s’intéressent au bien-être des mannequins, par exemple Marie-Claire : L’anorexie des mannequins, les moyens pour lutter.

Nan, je suis pas jalouse des top-modèles !

Au cours de mes études dans la mode – ça commence à remonter – j’ai eu l’opportunité d’être habilleuse pour un styliste peu connu. Mon rôle : aider les mannequins à enfiler leurs improbables tenues. En voyant ces gazelles des podiums en vrai, je reconnais avoir été éblouie par leur grâce et leur beauté. J’ai beau faire un bon 1,70 m, je voyais leur regard lointain magnifiquement fardé flotter au-dessus de ma tête et j’avais l’impression de côtoyer de sublimes créatures venues d’une autre planète. Ces filles, quand elles m’adressaient la parole, étaient d’ailleurs plutôt gentilles (peut-être parce qu’elles étaient à des années-lumières de me considérer comme une rivale potentielle).

J’aurais gardé un souvenir ému de cette expérience si je n’avais pas eu en cours de route le désagréable sentiment de ressembler à leurs côtés à un vrai boudin. Du coup, j’ai fini la journée passablement déprimée…

Pour autant, j’adore toujours croiser une très belle femme dans la rue, l’admirer au cinéma (c’est souvent trafiqué, mais bon…) ou dans les magazines (encore plus). Et je regarde toujours quelle beauté surréelle a été élue Miss France ou Miss Monde, juste pour le plaisir de contempler ces perfections de la nature. Ce n’est donc pas par jalousie que je m’excite à propos de la maigreur de la plupart des mannequins, mais au contraire pour défendre la beauté et le bien-être de toutes les femmes.

Lire aussi sur mon expérience de la taille mannequin : Il faut te remplumer !

Les mannequins de taille 36 pour 1,80 ne sont (généralement) pas belles !

Hormis quelques rares femmes très bien proportionnées pour leurs mensurations surhumaines, les mannequins de défilés sont généralement pitoyables et lourdauds. Ces pauvres filles ne montrent aucun signe de vie, aucun charme – sans parler d’élégance – et je me demande souvent ce qui peut passer par la tête des créateurs pour qu’ils sélectionnent ces squelettes. Et ce qui peut passer par la tête des agences en général pour qu’elles exigent ces mensurations stupides de filles qui seraient magnifiques avec (au moins) dix kilos de plus.

Évidemment, il faudrait que les prétendus créateurs de mode apprennent à dessiner des vêtements pour les femmes réelles, ce qui paraît impossible puisque nombre d’entre eux y ont renoncé. Ils préfèrent massacrer les plus belles femmes du monde ayant le malheur de dépasser 1,75 m et de croire (bêtement) qu’elles deviendront ainsi des divas des podiums.

Combien faudra-t-il de décès de ces sylphides anorexiques pour que le milieu de la mode cesse ces pratiques indignes ?

  • Faudra-t-il imposer des normes, comme en Espagne, pour obliger les stylistes ayant perdu tout sens commun à s’intéresser au bien-être des mannequins ?
  • Faudra-t-il demander à la médecine du travail de contrôler leur santé avant qu’elles ne défilent et interdire les défilés du (ou de la) styliste en cas d’abus répétés ?
  • Faudra-t-il boycotter les créateurs qui refusent de revoir les mensurations de leurs modèles ?
  • Faudra-t-il lancer une pétition nationale pour qu’on traite les mannequins aussi bien que les chiens et les chats ??

Pour ma part, si un jour j’en ai les moyens – on peut rêver – je ne mettrai pas les pieds dans la boutique d’un créateur qui maltraite ses mannequins de la sorte. Et si tous font pareil, je resterai en jean et pull de prêt-à-porter jusqu’à la fin de mes jours. Tant que mon fabriquant de prêt-à-porter n’exploitera pas de façon honteuse les ouvriers textiles des pays moins développés. Sinon, je me mettrai à la couture. Vu mes compétences dans cette discipline, il vaudrait mieux que je n’aie pas à en arriver là, vous pouvez me croire…

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