Je n'ai plus de cheveux blancs et je revis

Il y a cinq ans, suite à de gros problèmes financiers, j’ai dû renoncer à mes séances chez le coiffeur. Comme il n’était pas question de prendre le risque de me teindre moi-même les cheveux, j’ai laissé mes cheveux blancs apparaître. En deux ans, je suis passée du roux au « blanc vénitien » et j’ai gardé cette couleur pendant une bonne année de plus.

Si vous voulez tout savoir sur cette expérience, lisez d’abord : J’assume pas mes cheveux blancs et je l’assume

Quelques mois après avoir écrit l’article ci-dessus, mon moral est tombé tellement bas que j’ai pris rendez-vous chez un psy pour la première fois de ma (pas si courte) vie. Je me traînais comme une octogénaire, j’avais perdu l’optimisme qui me portait depuis l’adolescence, ma vie me paraissait pitoyable et sans avenir : que m’arrivait-il ??

Cette nécessité de consulter un psy m’ayant alarmée, j’ai utilisé le peu d’énergie qu’il me restait pour faire la liste de tout ce qui paraissait susceptible de me remonter un tant soit peu le moral. Revenir chez le coiffeur pour retrouver ma couleur est apparu en tête aussi, la même semaine, ai-je planifié ma première séance de psy et mon premier coiffeur depuis près de trois ans…

L’impact psychologique

En sortant du salon de coiffure, je me sentais déjà mieux. Les semaines suivantes, mon moral est remonté significativement, mon énergie a commencé à revenir. Certaines personnes auront peut-être du mal à le croire, mais je me suis vue aussi rajeunir. Mon visage est devenu plus frais, plus ferme, comme si une partie de moi avait voulu se mettre raccord avec cette nouvelle couleur et y était parvenu.

Au final, j’ai eu le sentiment d’être à nouveau moi. J’ai alors pris conscience que cette chevelure rousse faisait partie de mon identité et que, tel Samson, sans elle une bonne partie de mon énergie vitale se faisait la malle. Cette hypothèse n’a rien de rationnel, mais elle repose sur des éléments bien réels. C’est peut-être un genre d’effet placebo, mais qu’importe ! Si une simple coloration sans effet secondaire d’aucune sorte peut me rendre mon énergie, je serais stupide de m’en priver.

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Le super pouvoir des cheveux roux

L’impact sur mes concitoyens a été tout aussi spectaculaire. Alors qu’avec mes cheveux blancs je devenais transparente, les hommes ont subitement recommencé à me voir. Je peux à nouveau traverser la rue sans risquer de me faire écraser par un distrait : tous freinent dès que je pose le pied sur le passage piéton. Je peux laisser tomber un paquet par terre, un canon de 25 ans qui passait par là se baisse pour me le rendre avec un beau sourire. Mon traiteur italien préféré m’appelle à nouveau joyeusement « Jolie madame » quand j’entre dans sa boutique alors qu’il n’osait plus depuis que j’affichais un look plus discret, etc.

Ces petites attentions peuvent paraître dérisoires, et on peut regretter qu’elles ne s’adressent qu’à des femmes à l’allure jeune, mais elles caressent agréablement mon ego. Combien de temps parviendrai-je encore à donner le change ? Difficile à dire. Mais pour l’instant, je suis loin d’avoir atteint un niveau de sagesse suffisant pour m’en passer.

Malheureusement, ce rajeunissement s’accompagne aussi de quelques concessions et inconvénients. Par exemple, les jeunes ne proposent plus de me laisser leur place dans le métro. Même si cette attention avait tendance à m’agacer – j’avais l’air si croulante que ça ?? – parfois je ne disais pas non. Aujourd’hui ils me jettent un vague coup d’œil, puis se replongent illico dans leur portable. Quant aux femmes au volant, qui respectaient mes cheveux blancs, je dois m’en méfier à nouveau comme de la peste car ces garces recommencent à accélérer quand elles me voient sur le passage piéton !

Sur mes relations compliquées avec la plupart des femmes, lire aussi : Pourquoi je n’ai pas dit #MeToo

L’impact professionnel

En revenant au roux, j’avais peur d’être pénalisée dans mon boulot de comédienne-figurante car je travaille beaucoup en films d’époque. Or le cheveu naturel est un peu une condition sine qua non pour être acceptée sur ces tournages. Tant pis, m’étais-je dit, s’ils ne veulent plus de moi, je me reconvertirai dans le contemporain. Ça m’évitera les corsets, un accessoire certes élégant mais pas particulièrement confortable…

Finalement, je n’ai eu que des compliments sur ma nouvelle couleur. Les directeurs de casting la trouvent naturelle et les coiffeurs de plateau adorent cette nuance de roux. Elle me distingue des autres comédiennes et on me propose même des personnages auxquels je n’avais plus accès avec mes cheveux blancs ! Ma rousseur m’épargnera aussi les propositions de castings pour des pubs d’assurance obsèques et de protections urinaires, pour lesquelles la blancheur des cheveux est hélas bien plus importante que l’âge…

C’est toujours moche les cheveux blancs ??

Bien sûr que non. Si vous envisagez d’arrêter les couleurs pour voir « ce que ça fait », je vous encourage même à le faire. J’ai lu Une apparition, de Sophie Fontanel. Elle y raconte son arrêt des colorations, comment elle a vécu la transition vers les cheveux blancs, les réactions de ses proches et d’étrangers… C’est un livre drôle et très instructif. L’enthousiasme de Sophie Fontanel face à la découverte de sa couleur naturelle, un vrai blanc, m’a laissée très sceptique jusqu’à ce que je voie les photos. Pourtant elle avait raison : le blanc lui allait bien mieux que le châtain ! Il lui illuminait le visage, lui donnant également plus de style et de personnalité.

Moi, j’ai arrêté les couleurs pendant trois ans : le résultat a été désastreux. Ce n’est pas parce que les cheveux blancs ne sont pas pour moi qu’ils ne sont pas pour vous. Testez, vous verrez bien ce qu’ils donnent sur vous et comment vous vivez la transition.

Oui, mais le coiffeur c’est cher…

Vrai. Depuis deux ans, je dois de nouveau payer le coiffeur toutes les six semaines, planifier mes couleurs en fonction des tournages pour ne pas me pointer avec des racines de deux centimètres pas très esthétiques… C’est un budget, et c’est un peu contraignant. Mais moins d’un an après avoir repris les colorations, j’ai pu dire adieu à mon psy. Est-ce seulement grâce au roux, difficile à dire. Mais je sais maintenant une chose : mon équilibre psychique et mon moral ne tiennent qu’à un cheveu. Un cheveu roux. Alors mon coiffeur ne sera plus jamais une variable d’ajustement. Et lui et moi, c’est pour la vie.

Cet article a 2 commentaires

  1. catarinaviti

    Chère jeune fille rousse,
    Voici mon témoignage : j’ai eu très tôt mon premier cheveu blanc (à 18 ans), à trente, j’arborais une mèche blanche très distinguée, mais cela ne dura pas. Bientôt je passais au 20/80 (20 de blancs). Parisienne à cette époque, je me rendais à un RV professionnel en métro. Trois jeunes hommes montèrent à la station F. Roosevelt et prirent place à mes côtés. Ils étaient plongés dans une discussion ou deux partis s’opposaient. L’un dit alors : “Demandons à la dame, elle a vécu, elle doit savoir”. 30 ans… j’aurais pu être uniquement leur soeur, ils m’avaient pris pour leur mère (ou pire, je n’insiste pas). Ce soir-là, je procédai à mon premier shampoing colorant. Parce que je le valais bien.
    De couleur en couleur, les années passèrent jusqu’à ce que les bains de mer mettent en échec les secret de Loréal.
    Je décidait de tout arrêter. Et là… ce fut sublime (les gens m’arrêtaient dans la rue, dans les magasins pour me prier de surtout ne jamais rien changer. Les hommes me regardaient -alors que généralement…) Ce fut sublime… l’espace de quelques mois.
    Ensuite ce fut un mauvais tour. Peu à peu le blanc devint pisseux, jaunasse, minable et le rapport, doucement s’inversait : j’arrivais de jour en jour à 90/10 (90 de blancs).
    Puis ce fut l’enfer (disons, une sorte d’enfer) : sur la plage, les parents des jeunes enfants (ceux qui marchent à peine) leur demandaient de ne pas embêter la grand-mère (P… C… à cette époque, j’étais tout en muscles!).
    Des jeunes s’émerveillaient de me voir courir dans les rocher comme un chamois : “Ah, dis-donc, la vieille, quelle forme pour son âge” (Ducon, j’ai pas 40 ans!). Sur la route, c’était terrible : “Tu vas dégager, la vieille?” (Connaud, je ne conduis pas, je pilote. Patate.). Au boulot (j’étais formatrice) “Avec qui tu es, toi?” demande une stagiaire à une autre stagiaire. Réponse : “Avec bidule. Et toi ? -Moi, heu… je sais pas comment elle s’appelle, c’est la vieille”.
    Bref, je rentrais la tête dans les épaules et fuck you, bande de.
    Jusqu’au matin fatal :
    Je crèche dans un hôtel (pour les besoins de mon exercice professionnel)
    Matin
    Je descends les escaliers (pour le sport)
    j’entends le brouhaha caractéristique des “vieux” en train de prendre leur petit déjeuner avant de reprendre leur voyage organisé.
    Exact
    Ils sont là
    La salle est pleine à craquer de vieillards en train de baffrer leur petit déj’.
    je me sers (la tête rentrée dans les épaules)
    je me retourne avec mon plateau chargé, cherche une place des yeux
    Seigneur, au secours, ils me font signe, ils me croient de leur groupe, je vois mon reflet dans les immenses miroirs qui agrandissent encore la pièce, il y a des millions de vieillards tout autour de moi, au secours, je suis une des leurs, déjà ? non, c’est pas possible pas déjà!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Depuis…
    merci Garnier.

  2. Suzanne Marty

    Merci pour ce commentaire brillamment argumenté, Catarina. Quand je vois des filles de 20 à 30 ans qui bousillent leurs cheveux pour les blanchir – c’est la dernière mode – ça me laisse extrêmement perplexe. Si un jour le cheveu blanc devient synonyme de classe et de sagesse, admiré et considéré même après 35 ans, promis je lâche le roux ! Pour l’instant, la blancheur m’apparaît plus comme une sorte de repoussoir : dès que tu as des cheveux blancs, la plupart des moins de 30 ans s’imaginent que tu es vieille, faible, has been, moins intelligente et moins compétente qu’eux, bref que tu n’es plus digne de respect ni d’intérêt. Ces braves gens se fourrent grandement le doigt dans l’oeil, mais plutôt que de lutter contre cette malédiction du poil blanc, continuons d’investir dans les colorations et consacrons notre énergie à des sujets plus importants : RÉALISER NOS F*CKING RÊVES !!!

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