Chômeurs, arrêtez de chercher du boulot !

Chômeurs, arrêtez de chercher du boulot !

Je ne dépends plus du régime général de l’assurance chômage depuis une bonne dizaine d’années, mais je ne peux m’empêcher de suivre l’évolution des politiques visant à résorber ce fléau national qu’est le chômage. Pourquoi perdre mon temps dans cet étrange passe-temps ? Parce que le genre de mesures envisagées par un gouvernement pour lutter contre le chômage me paraît révélateur de la sagesse et de la capacité d’innovation de ses membres. Or, ce que je lis sur le net depuis quelques semaines – réforme de l’assurance chômage et, plus récemment, revenu universel d’activité – ne me « rassure » pas…

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Il était une fois un travailleur français...

Il était une fois un petit humain du XXIe siècle. Pour des milliards de Terriens, il partait du bon pied car il avait la chance d’être né dans ce paradis merveilleux, berceau des Droits Humains, des Lumières et du camembert, qu’est la France. Il n’aurait pas de problème de famine ; avec un peu de chance pas de problèmes insolubles de santé ; il serait éduqué dans de bonnes écoles et universités. Bref, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour fatidique où… il devrait chercher du travail.

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Parce qu’à partir de ce jour la vie du désormais petit « travailleur » français devient beaucoup moins fun, quoi qu’en pensent nos voisins éloignés.

  • Avant 30 ans, ce pauvre petit est bien trop inexpérimenté pour qu’on lui confie des responsabilités, sans parler d’un Contrat à Durée Indéterminée. Il enchaîne donc stages et CDD sous-payés pour acquérir maturité, compétences et… humilité ;
  • De 30 à 45 ans, s’il a la bonne couleur de peau, le bon genre, le bon nom et le bon code postal, le marché considère – généralement – que le petit Français est assez expérimenté pour obtenir le CDI tant convoité. Assez conciliant aussi pour accepter de se consacrer corps et âme à l’entreprise qui a été assez bonne pour l’embaucher à temps plein (s’il a de la chance) ;
  • Dès 45 ans, les choses commencent à se gâter. Notre travailleur français devenu grand entre dans la catégorie des séniors (eh oui, déjà !) : trop cher, moins compétent que ses cadets car il n’a pas pris ou eu le temps de continuer à se former, moins conciliant peut-être aussi. Il risque donc d’être à tout moment dégraissé, délocalisé, remplacé par un travailleur plus jeune, plus à la page et surtout moins coûteux.
  • S’il réussit à s’accrocher à son ou ses CDI assez longtemps, il est gentiment propulsé en pré-retraite. Sinon il rejoint les hordes de chômeurs, avec de maigres chances de retrouver un jour un emploi. Il risque alors de finir sa vie avec une retraite dérisoire car il n’a pas assez cotisé. Fin de son histoire de travailleur français. Game over.

Moralité, notre petit.e français.e – malgré son niveau d’éducation et son incroyable espérance de vie – a entre 15 et 20 ans pour profiter de la société de consommation et ainsi contribuer à la croissance du PIB français (enfin, surtout chinois…). C’est quoi ce bin’s ??

Et toi, chômeur, tu veux faire quoi ?

On aura beau ergoter pendant des heures sur les soi-disant emplois non pourvus en France faute de candidats adéquats (estimation haute 200 000 postes), on sera toujours à des années-lumière de résoudre le problème du chômage – qui touche actuellement 2,6 millions de personnes (estimation très basse) – en se focalisant sur ces postes disponibles.

Plutôt que de traiter les chômeurs de feignants, de commencer à les fliquer comme des ados, leur (re)mettre la pression pour accepter n’importe quoi sous peine de sanctions financières, prenons le problème dans le bon sens et demandons à tous ces gens : « Mais vous, vous voulez faire quoi ?? »

C’est ce que je me suis demandé à 31 ans. Étant au bord du burn-out, j’ai pris la décision de quitter ma chère entreprise avant de mettre ma santé en danger. Et, malgré mon niveau de diplômes et mes années d’expérience, je n’ai jamais eu la force de replonger dans un emploi similaire. M’y obliger aurait été catastrophique : ni mon moral ni ma santé n’y auraient survécu.

À cette époque, j’ai eu la chance de tomber sur des conseillers Pôle Emploi intelligents et ouverts. J’ai pu mener ma reconversion dans le milieu artistique sans subir pressions et menaces pécuniaires ; j’ai pu me former à l’écriture, créer ma microentreprise d’auteur indépendant, retrouver le goût de travailler et d’entreprendre dans ce secteur certes difficile, mais que j’avais choisi. Je suis toujours aussi stressée que quand j’étais en entreprise privée, je travaille autant sinon plus, mais je me sens bien plus en accord avec mes aspirations profondes. Aujourd’hui, ma priorité n’est pas de chercher du travail, mais de le créer moi-même.

Diplômés, arrêtez de chercher du travail !

Je suis abasourdie de voir le nombre de diplômés Bac+5 qui se retrouvent sur le carreau après 45 ou 50 ans. Pour survivre, certains avouent même accepter faute de mieux des emplois non qualifiés dans lesquels ils gaspillent scandaleusement leurs aptitudes et bousillent bêtement leur moral. Comment éviter ces désolantes fins de carrière ?

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Avec le développement de la robotisation et des intelligences artificielles, le marché du travail mondial va profondément muter dans les 20 ans à venir. Plutôt que de chercher du travail dans des grosses boîtes qui n’auront peut-être plus besoin d’eux dans 10 ans, les jeunes diplômés feraient mieux d’utiliser leurs connaissances toutes neuves et leur grosse énergie pour créer leur boîte dans un secteur aujourd’hui en expansion. Ils gagneront bien moins qu’avec un CDI mais, s’ils sont doués, non seulement ils gagneront bien plus dans 10 ans mais personne ne pourra les virer de leur propre société. À terme, ils créeront aussi des emplois pour ceux qui n’ont pas les capacités d’entreprendre, ce qui sera bénéfique à tout le monde.

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Je propose donc que Pôle Emploi interdise aux diplômés Bac+5 de chercher du travail et les oblige à la place à créer une entreprise dans le secteur de leur choix. Si ne serait-ce que 20 % d’entre eux parviennent à développer leur activité, il y aura bien moins de chômeurs séniors dans 25 ans et peut-être même moins de chômeurs tout court ! 🙂

Chômeurs, faites ce qui vous plaît

Rien de plus usant et démoralisant que passer son temps à chercher quelque chose qui n’existe pas : exemple, le prince charmant ou un emploi. Ou d’être contraint d’accepter des emplois précaires, sous-payés, sans rapport avec nos compétences pour survivre. La seule solution, me semble-t-il, est de développer une activité parallèle sur son temps libre. Une activité qui nous passionne – blog, cuisine, déco, culture bio, etc. – et nous donne envie de nous lever le matin. Il n’est pas important d’y consacrer beaucoup de temps, une heure ou deux par jour peuvent suffire, mais il faut y travailler régulièrement.

Exemple :

  • 2001 : j’ai débuté un roman, projet que j’avais dans un coin de ma tête depuis plus de 10 ans ;
  • 2004 : mes premières tentatives de roman ont été des échecs cuisants, mais j’aimais vraiment écrire aussi ai-je commencé à lire des livres de dramaturgie pour progresser ;
  • 2007 : Pôle Emploi m’a financé mon premier stage d’écriture de scénario (3 mois) avec l’organisme Altermedia.
  • 2008 : j’ai commencé à écrire des scénarios et à gribouiller des textes qui allaient devenir le premier tome de La rousse qui croyait au père Noël ;
  • 2011 : j’ai été admise au stage « Écrire une comédie » (3 mois, financé par l’Afdas) du Conservatoire Européen d’Écriture Audiovisuelle (CEEA) ;
  • 2012/2013 : j’ai commencé à travailler sur plusieurs projets de courts-métrages. Le premier tome de La rousse qui croyait au père Noël a été refusé par tous les éditeurs auxquels je l’avais envoyé ;
  • 2014 : j’ai publié sur Amazon en autoédition La rousse 1 et j’ai créé ma microentreprise d’auteur indépendant ;
  • 2015 : j’ai créé ce blog ;
  • 2018 : j’ai terminé 4 scénarios de courts-métrages, j’ai plusieurs projets de longs-métrages en écriture et j’ai publié le deuxième tome de La rousse.
 

Les mauvaises langues diront qu’il ne faut pas être pressé. D’autant moins que mon activité d’auteur indé est toujours déficitaire. Il n’empêche que j’ai énormément progressé depuis 17 ans et que mes écrits me portent littéralement. J’espère bien sûr qu’ils finiront par porter leurs fruits, ce dont je ne manquerai pas de vous tenir au courant ici-même !

Ne chômez plus, entreprenez !

Si vous êtes réticent à occuper vos week-ends et les quelques heures de repos que vous avez par jour ou si – étant chômeur – vous culpabilisez d’arrêter de chercher du travail, sachez que développer des projets personnels vous donnera plus d’énergie que cela ne vous fatiguera. Ce sera aussi excellent pour votre moral et votre estime personnelle. Vos projets vous éviteront enfin (en partie) de passer pour un glandeur « aux frais de la princesse ».

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Si vous avancez suffisamment, vous arriverez peut-être même à convaincre votre conseiller Pôle Emploi de vous foutre la paix et, comme j’ai réussi à le faire, de vous financer une formation dans le domaine qui vous passionne. Dans quelques années, votre ancien job pourrait bien ne rester qu’un (mauvais) souvenir et votre passion vous donner – enfin – la maîtrise de votre vie.

En attendant, bonne rentrée à tous les chômeurs.

Même si vous n’avez pas d’employeur, vous avez du boulot !

*

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Il n’y a pas que les Français qui galèrent après 45 ans, de plus en plus d’Américains aussi. Un TED Talk à voir en anglais (sous-titré anglais) : An honest look at the personal finance crisis.

3 Commentaires

  1. Ton analyse de la situation est assez juste. Notre système est un broyeur d’individus qu’il n’est pas évident de contourner. Comme toi, je me suis décidée juste après avoir lâché mon CDI (au bord du burn out), à créer mon travail. Je recommande d’ailleurs à ce sujet le très inspirant film En quête de sens, de Marc de la Ménardière et Nathaniel Coste.
    Petit bémol concernant la création d’entreprise et l’esprit “start up nation”. Pour en côtoyer un certain nombre via mon blog écocitoyen, j’ai remarqué que les start up n’échappent pas toujours aux travers des “grosses boîtes” dont elles ont voulu se démarquer, hélas.

    • Merci pour l’info sur En quête de sens, Cécile, que je ne connaissais pas. Voici la bande annonce :

      Concernant la création d’entreprise, on n’empêchera effectivement pas les comportements peu éthiques quand la boîte se développe. Je dis seulement qu’un créateur d’entreprise a moins de chance de se faire virer après 45 ans qu’un salarié. A plus tard ! 🙂

      • C’est certain. Et ce n’est pas accidentel si les 45+ (et notamment les femmes) se lancent dans l’aventure, en s’appuyant sur une vie professionnelle de compétences.

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