Les romans autoédités sont-ils tous à jeter ?

Les romans autoédités sont-ils tous à jeter ?

Depuis que j’ai commencé à m’autoéditer en 2014, comme tous les auteurs indés j’ai les oreilles qui sifflent grave. Il faut dire qu’éditeurs, libraires et journalistes ne manquent pas une occasion de tirer à boulets rouges sur les pauvres petits romans autoédités. N’ayant pas été filtrés, toilettés, censurés, corrigés, grand-publiqués par un éditeur – même obscur  – ils seraient tout juste bons à s’essuyer l’arrière-train.

Ayant moi-même téléchargé avec plus ou moins de bonheur plus de 200 romans écrits par mes collègues, j’ai voulu savoir si nos ennemis jurés avaient raison, ou si tout leur méchant caquetage n’était que pure diffamation. J’ai donc une fois de plus mis à profit mes compétences en statistiques pour vous concocter un bilan de mes lectures indés de 2014 à 2019.

Ils sortent d’où ces bouquins ??

Que personne ne s’attende à une étude dans les règles, avec échantillon représentatif tiré au hasard. Les 206 romans dont il sera question n’ont pas été choisis dans cette perspective. Je les ai téléchargés (majoritairement sur Amazon) pour me renseigner sur les auteurs qui émergeaient en autoédition, et tenter de comprendre pourquoi leurs livres avaient un minimum de succès. J’ai quand même sélectionné des histoires susceptibles de me plaire au vu des critiques ainsi que des titre, résumé et couverture. Et comme j’ai eu quelques problèmes financiers ces dernières années, j’ai beaucoup acheté à l’occasion d’Offres Éclair Kindle et de promotions d’auteur, gratuites ou pas. Je précise aussi que je n’ai jamais pris la peine de lire les extraits en ligne, n’ayant pas l’habitude de feuilleter un livre broché avant de l’acheter…

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C’est qui les auteurs ?

Ces 206 romans ont été écrits par 136 auteurs francophones, lesquels étaient tous uniquement indépendants quand je les ai lus. Du moins, pour autant que je le sache. Certaines personnes s’autoéditant sous pseudonyme, il est possible que des auteurs dits « hybrides » (édités pour certains livres, autoédités pour d’autres) se cachent dans ma sélection. Si c’est le cas, ils sont peu nombreux.

Comme vous le voyez, ces auteurs sont très majoritairement féminins, ce qui est peut-être dû au genre des livres achetés. Les hommes écrivent souvent des polars, et je n’en lis plus beaucoup.

Tu as lu des histoires de quels genres ?

Cette répartition par genre est approximative car les auteurs indépendants, dits aussi indés, ont tendance à mixer les genres plutôt qu’à appliquer les codes d’un seul. D’abord parce que la plupart ne connaissent pas ces codes ; ensuite parce que – à tort ou à raison – ils s’en contrefichent. Pour ma part, j’ai classé chaque roman dans le genre qui me paraissait dominant. 

Écrivant moi-même de la comédie, j’ai lu une trentaine de livres à dominante humoristique. Et comme je suis une fille romantique (Si, si !), j’ai lu une quarantaine de livres centrés sur une histoire d’amour. Mais attention, quand je mets un roman en catégorie « Amour », je ne veux pas dire que c’est de la romance gnangnan ou de la romance érotique. On trouve dans cette catégorie des histoires d’amour drôles, pas drôles, optimistes, pessimistes, mais aussi une ou deux comédies romantiques. Idem pour la catégorie fourre-tout appelée actuellement « Feel good », qui comprend des livres qui en gros commencent mal pour finir bien, dans des contextes plutôt personnels et familiaux. Enfin, j’ai classé en « Indéterminé » quelques livres dont je n’ai pas pu identifier le genre, les ayant arrêtés très vite…

Bon, t’en as fini combien ?

J’ai pris l’habitude de classer les ebooks indés en trois catégories :

  • Arrêtés avant la fin ;
  • Lus jusqu’au bout ;
  • Sélectionnés.

Au début, je mettais les ebooks dans un dossier « Arrêté » en me disant que je les terminerais peut-être plus tard. Au final, je n’en ai repris quasiment aucun. Quant aux ebooks « Sélectionnés », ce sont ceux que les blogs qualifieraient de « coups de cœur ». J’en ai d’ailleurs commenté une vingtaine sur Amazon, Babelio et Goodreads.

Comme vous le voyez, j’ai terminé les trois-quarts des romans téléchargés, même si j’ai dû me forcer un peu pour certains. Comme je pense avoir un minimum d’exigence en termes de qualité de style et d’intrigue, je trouve que ce n’est pas si mal pour des auteurs souvent débutants. Par contre j’ai arrêté plus de 50 romans en cours de lecture, ce qui n’est pas négligeable.

Pourquoi t’as arrêté tous ces livres ?!

J’ai interrompu ma lecture pour des raisons variables :

  • À moins de 2 % à 5 % du texte, quand le style était vraiment trop mauvais : fautes d’orthographe, de grammaire et de français très fréquentes, tournures de phrases incorrectes, etc. Très vite aussi quand les dialogues étaient dénués de sous-texte (qualité de base d’un dialogue), d’une naïveté consternante, invraisemblables.
  • À moins de 10 % du texte, quand je croisais une accumulation alarmante de clichés ; des personnages sans consistance, sans objectif clair ou à qui je n’arrivais pas du tout à m’attacher. Et quand l’histoire ne démarrait vraiment pas.
  • Avant 25 à 30 % du texte, quand l’histoire était trop gnangnan ou prévisible, quand l’auteur semblait souffrir d’un narcissisme aigu, et quand le fond était malsain (actes de torture et de violence gratuits – notamment sur des enfants -, image de la femme détestable, agressions sexuelles répétées sans intérêt pour l’intrigue, etc.). 
  • Et puis j’ai arrêté d’autres livres plus tard parce que je m’ennuyais comme un rat mort. Même si l’auteur.e avait des qualités, il ou elle n’avait pas su construire une intrigue assez aboutie, avec des personnages suffisamment complexes et attachants pour maintenir mon attention.

Pour être tout à fait honnête, j’arrête aussi des livres édités. Mais c’est dans une moindre proportion (un livre sur 10 max) et c’est généralement parce que je m’ennuie… même s’il m’est arrivé d’arrêter quelques livres édités parce que je les trouvais horriblement mauvais.

Et c’est qui les plus mauvais ??

Comme vous le voyez ci-contre, les 52 ebooks que j’ai arrêtés sont majoritairement des comédies, des histoires d’amour et des romans de fantasy.

  • La comédie : j’ai arrêté plus d’un livre sur trois. Ce n’est pas étonnant car d’une part il est très difficile d’écrire de la comédie, d’autre part nous n’avons pas tous le même sens de l’humour ni ne rions pour les mêmes raisons. J’ai quand même conscience d’avoir un humour assez parisien !
  • Les histoires d’amour : j’ai arrêté près d’un livre sur quatre car je ne supporte plus les histoires trop guimauve (fréquentes chez les auteurs jeunes et débutants), remplies de clichés ou qui dégradent l’image de la femme. Pour une raison que je ne m’explique pas, de nombreux auteurs féminins de « romances » véhiculent des valeurs totalement rétrogrades et machistes…

Lire aussi : Les comédies romantiques nuisent-elles à notre vie sentimentale ?

  • La fantasy : j’ai arrêté beaucoup de fantasy (quatre livres sur dix) car c’est un genre qui attire pas mal d’auteurs alors qu’il est plus difficile à écrire qu’il n’y paraît. Comme la fantasy nécessite beaucoup de descriptions, si le style est pauvre, l’univers incohérent ou pas original, l’intrigue mal maîtrisée, je m’emmerde vite.

Sachez quand même que certains des livres qui me sont tombés des mains se sont vendus sur Amazon à plusieurs milliers d’exemplaires, c’est-à-dire infiniment mieux que mes propres livres. Et infiniment mieux que beaucoup de romans défendus par les éditeurs. Ces livres ont même parfois des dizaines et des dizaines de commentaires élogieux. Même si je n’accorde pas grande foi aux commentaires, force est de constater que ces auteurs ont réussi à trouver un public.

La quantité de best-sellers autoédités de piètre qualité présents sur les e-librairies est d’ailleurs pour moi un perpétuel sujet d’étonnement. Je suis curieuse de savoir si le succès de ces auteurs sera durable, de nombreux indés disparaissant des radars après quelques romans. On en reparlera dans quelques années… si je suis toujours là moi aussi !

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Que valent ceux du milieu ?

Les 169 romans que j’ai terminés mais qui ne m’ont pas emballée plus que ça avaient tous une (parfois deux) de ces caractéristiques :

  • Un style. Mais soit il avait besoin d’être épuré, soit l’auteur ne savait pas assez construire une histoire ;
  • Le style de l’auteur n’était pas forcément très élaboré, mais celui-ci avait su construire une bonne histoire, parfois avec une idée de départ vraiment originale ;
  • Ni le style ni l’intrigue n’étaient terribles, mais j’ai senti une authenticité dans le texte, une sorte d’élan communicatif, qui m’a touchée et a tenu mon attention jusqu’au bout de l’histoire. De nombreux premiers romans peuvent fonctionner sur cette base. Les suivants sont rarement aussi convaincants.

Quand je lis un roman indé, il m’arrive souvent de me dire : dommage que l’auteur.e ne se forme pas plus à la construction d’intrigues car il.elle a un vrai potentiel. Malheureusement, beaucoup d’indés croient encore au mythe de la science littéraire infuse, pensant mettre leur génie naturel en danger en cherchant à se perfectionner.

J’encourage vivement tous les indés à explorer les ressources de la dramaturgie ! J’ai donné quelques références de livres et de formations à la fin du premier article ci-dessous. Vous pouvez aussi piocher dans les nombreux titres de DIXIT, éditeur et formateur spécialisé dans l’audiovisuel. J’en ai compulsé pas mal depuis quinze ans…

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Lire aussi : Ce que je fais pour éviter de rater mes personnages

Les auteurs qui se plantent

Bizarrement, certains romans arrêtés ont été écrits par  des auteurs dont au moins un livre s’est retrouvé dans mes favoris. Que s’est-il passé ??

  • Ceux qui changent de genre : les indés aiment bien les expérimentations (moi aussi), aussi n’hésitent-ils pas à changer de genre. Parfois ça marche, d’autres fois pas du tout. J’ai pu m’extasier sur le roman d’un auteur et m’emmerder royalement sur le suivant d’un autre genre.
  • Ceux qui se découvrent : j’ai pu rester dubitative sur le livre d’un auteur et être très agréablement surprise quand celui-ci s’est révélé en changeant de genre. Exemple : une auteure dont le roman d’horreur m’avait laissée sceptique (même si je l’avais terminé) et qui m’avait fait beaucoup rire en passant subitement à la comédie !
  • Ceux qui s’améliorent : ne lisant pas forcément les livres d’un auteur dans l’ordre de parution, il m’arrive de tomber sur un roman qui m’emballe et être très déçue par un autre écrit plus tôt. Je me console en me disant que l’auteur.e est en très bonne voie.
  • Ceux qui écrivent trop vite : ceux-là m’agacent tout particulièrement et j’en trouve malheureusement de plus en plus. Chez les auteurs édités également. Ce sont des auteurs qui se forcent à publier un livre par an pour surfer sur un succès précédent, et bâclent les romans suivants. C’est à mon avis une grosse erreur à long terme car un client déçu pardonnera peut-être une ou deux fois, mais la troisième il ira voir ailleurs.

C’est ma politique, que l’auteur soit édité ou autoédité. Sauf si je tombe sur une expérimentation malheureuse. Dans ce cas, j’évite le genre raté pour cet auteur – il a eu le rare mérite de s’éloigner de sa « zone de confort » – mais je ne le blackliste bien sûr pas !

Mes livres préférés

Sur les 206 romans téléchargés, j’en ai qualifié 37 de « coup de cœur », soit 15 %. À peine terminés, ils sont allés direct sur mon étagère virtuelle des favoris pour que je pense à les commenter et à racheter d’autres livres de l’auteur.e. Quand on sait le très faible pourcentage de romans considérés comme valables par nos ennemis les éditeurs, environ 1 sur 1000, nous avons lieu chers amis indés de pousser des hourras ! Pour moi, ces 37 romans méritent tous de se trouver en librairie à 20 euros l’exemplaire broché. D’ailleurs, comme nous le verrons plus loin, ce fut le cas pour plusieurs d’entre eux.

Si je m’intéresse au sexe des auteurs, je m’aperçois que je n’ai pas plus aimé les romans écrits par des hommes que ceux écrits par des femmes.

Pourquoi ces romans m’ont-ils autant plu ? Ben, parce que j’ai trouvé dans chacun tout ce que j’aime :

  • Une absence de clichés ou une belle capacité à les détourner ;
  • Une histoire originale, prenante et surprenante, bien construite, cohérente, des personnages singuliers, des dialogues crédibles ;
  • Une voix, un style personnel, un humour compatible avec le mien le cas échéant. Et surtout, un point de vue sur le sujet traité.

Bref, ce sont des auteurs qui maîtrisent la langue française et savent raconter une histoire. Bien sûr, on pourrait critiquer ci ou ça, améliorer des bricoles, mais ce sont des détails en comparaison de ce qui est réussi dans ces romans.

Les préférés des éditeurs

Libraires et éditeurs ne manquent pas une occasion de dénigrer les auteurs autoédités, mais les seconds passent aussi leur temps à nous espionner sur les Tops de vente d’Amazon et Kobo. Total : depuis cinq ans, 30 de mes 136 auteurs ont été édités au moins une fois, comme le montrent ces deux graphiques. 

Encore une fois, il n’y a pas de différence significative entre auteurs masculins et féminins. On remarque que ce sont surtout des auteurs de romans humoristiques, feel-good et policiers qui intéressent les éditeurs.

J’ai ouï dire que certains de ces 30 auteurs cartonnent en librairie, ce qui devrait rendre libraires et éditeurs plus aimables avec nous à l’avenir. J’ai aussi ouï dire que quelques indés n’étaient pas très contents de leurs nouveaux amis éditeurs. Certains d’entre eux ont d’ailleurs repris leur liberté après un unique essai. D’autres ont fini par récupérer tous leurs droits pour les exploiter eux-mêmes. Malheureusement, on ne connaît pas toujours les dessous de l’affaire…

Et puis il y a ceux qui restent « hybrides ». Si leur nouveau livre branche leur bon ami éditeur, ils lui accordent les droits brochés pendant quelques années. Sinon ce n’est pas un drame, ils l’autoéditent : pas question de laisser leur dernier bébé dormir bêtement dans un tiroir ! Inutile en effet d’accorder des droits papier ad vitam (et 70 ans après) pour rester trois mois en librairie et être ensuite vendu uniquement en ligne avec des droits d’auteur divisés par 6 ou plus. Les plus malins conservent aussi (comme J. K. Rowling, quel génie cette femme !) leurs droits numériques : les ebooks d’éditeur sont bien trop chers pour se vendre alors que les ebooks indés peuvent partir comme des petits pains en rapportant au moins le double à l’unité…

Des noms, on veut des noms !!

À ce point de l’article, je suis sûre que beaucoup d’entre vous meurent d’envie de lire des auteurs indépendants pour vérifier par eux-mêmes s’ils méritent ou non de se trouver en librairie. Et que blogueurs et blogueuses (je les salue au passage) attendent des suggestions de titres à dévorer et chroniquer, puisqu’ils adorent dénicher de nouveaux talents parmi les modestes auteurs autoédités.

Voici donc mon Top Indé par catégorie des cinq dernières années. L’ordre ne veut pas dire grand-chose, ils m’ont tous beaucoup plu :

Top Comédie :

  • Cupidon, tête de con de Caroline Huyghues : sites de rencontre, mode d’emploi ! C’est le livre qui m’a fait le plus rire de toute ma vie. Caroline est éditée depuis cette année, mais l’auteure reste injustement méconnue.
  • Les tablettes de chocolat du père Noël de Sandra Ganneval : une comédie romantique très drôle à lire dès qu’on se les gèle.
  • Néant de Mickaël Parisi : le livre indé le plus déjanté et provoc de toute la liste. Il y a un peu de boulot avant de pouvoir le vendre en librairie, mais il vaut le détour !

Top « Feel good » :

  • Alice chevauche la tempête d’Elyssa Bejaoui : un genre de comédie sociale très riche, assortie d’une intrigue amoureuse vraiment originale : je l’ai adoré. Elyssa a trouvé un éditeur pour son roman suivant, mais ne ratez pas celui-là.
  • Comme un oiseau de Julie Deh : une veuve de 67 ans part à la recherche de son amour d’adolescente. Une histoire tragi-comique pleine de charme et de poésie, portée par une très belle écriture.
  • Forever Young de Charlotte Orcival : un roman sur le premier amour d’une ado du début des années 80, ses potes, la vie quoi. Ce livre en principe destiné à la jeunesse a emballé beaucoup d’adultes, dont moi. Les deux romans suivants de Charlotte ont été édités. Pas celui-là, je me demande bien pourquoi…

Top Amouuur :

  • Rendez-vous pour amant.e.s égaré.e.s d’Éric Abbel : poétique, drôle, inclusif, inclassable, un superbe ovni indé.
  • Aux petites heures de la nuit de Flo Renard : une intrigue engagée qui mélange suspense, fantastique, amour bien sûr dans une ambiance très poétique. Le mix des genres est superbement réussi, ce qui est rare : comment se fait-il qu’aucun éditeur ne l’ait repéré ??
  • Ailleurs, c’est forcément mieux de Sacha Stellie : une histoire de séduction dans laquelle Sacha parvient à détourner avec brio tous les clichés du genre. Quand j’ai terminé ce livre, je crois que j’ai applaudi dans mon lit !
  • Quelques mots d’amour, de Lily B. Francis : Lily a créé avec Matéo le palefrenier un des personnages masculins de comédie romantique les plus séduisants que je connaisse. C’est dans ce tome qu’on le découvre vraiment, et j’ai trouvé que sa relation avec la machiavélique Agnès y évoluait avec beaucoup de justesse.

Fantasy :

  • Si loin du soleil de Morgan of Glencoe : je n’étais pas fan de fantasy avant de le lire, mais je suis tombée amoureuse de ce roman. Énormissime coup de coeur !
  • Paris in utero de Selma Bodwinger : une histoire d’apprentie-sorcière contemporaine, racontée avec humour et style.

Drame :

  • Saga de Laure Malaprade : une histoire de secret de famille enfoui dans les neiges suédoises qui m’a marquée.
  • Parfois on tombe de Solène Bakowski : édité depuis. Le parcours d’une femme qui fuit sa famille et son pays pour mieux se retrouver. Les plus grands atouts de Solène sont à mon avis son style et un point de vue qui ne va jamais vers le politiquement correct.
  • Les émigrés d’Elen Brig Koridwen : le parcours d’un émigré français au Maroc au début du XXe siècle, écrit par une auteure indé convaincue dont le talent et la culture ont peu d’équivalent dans le monde indé.

Polars et enquêtes :

  • Le baiser de Pandore de Patrick Ferrer, désormais édité. Une trilogie à l’intrigue très travaillée qui m’a passionnée jusqu’à la révélation finale.
  • Le chat du jeu de quilles de Florence Clerfeuille, désormais édité. Deux journalistes parisiens enquêtent sur un cold case dans un village de province : une intrigue pleine de surprises, de rebondissements et un style bourré d’humour.

Nouvelles :

  • La nuit s’évapore de Laureline Amanieux. Les nouvelles ne sont pas mon genre favori, mais le recueil de Laureline, qui parle de métamorphose et de renaissance, m’a conquise tant sur le fond que sur la forme.
  • Villes de légende de Nathalie Bagadey, voyage initiatique en forme d’étapes touristiques. Un recueil au style élégant et évocateur qui donne envie de tout plaquer pour faire ses valises !

J’ai commenté certains de ces romans et quelques autres : vous pouvez lire tous mes avis sur mon profil Babelio. Même si quelques-uns de ces livres sont désormais édités, la notoriété de leurs auteurs est loin d’être au niveau de leur talent. La plupart continuent d’ailleurs de s’autoéditer, c’est pourquoi je les ai conservés dans cette liste. J’ai retiré ceux qui commencent à avoir une certaine notoriété : ils n’ont pas besoin de moi pour chanter leurs louanges ! Si vous avez envie de lire d’autres auteurs indépendants, voici quelques conseils pour ne pas le regretter…

Comment choisir un livre autoédité

Pour ceux qui se demandent pourquoi prendre le risque d’acheter un roman autoédité alors que les librairies croulent sous les bons romans édités, voici trois raisons :

  • Avec du flair et de la chance, surtout si vous êtes blogueur ou éditeur, vous découvrirez avant tout le monde des écrivains talentueux… et vous éviterez de gaspiller votre maigre salaire dans les best-sellers pas toujours géniaux que la pub nous pousse à acheter à la chaîne.
  • Vous économiserez beaucoup d’argent, les romans indés étant bien meilleur marché que les édités. Un ebook vaut à prix fort entre 3 et 6 euros, et les exemplaires brochés sont généralement 30 % à 50 % moins chers (minimum). Moi par exemple, j’ai lu plusieurs auteurs bien avant qu’ils ne soient édités. Au lieu de raquer 13 à 15 euros l’ebook, j’ai déboursé entre 1 et 3 euros.
  • Vous ferez des cadeaux originaux : si vous offrez un roman indé, vous avez en effet très peu de chances que la personne l’ait déjà lu.

Ceci dit, avant de se jeter sur un roman autoédité avec un chouette titre, une jolie couverture et tout plein de gentils commentaires, même bien classé dans les tops 50 ou 100 quelques précautions s’imposent.

1 – Les romans indés étant très inégaux, l’idéal est de se fier aux recommandations de personnes en qui vous avez confiance et qui ont à peu près le même niveau d’exigence que vous. Rien ne dit en effet que vous aurez les mêmes goûts que les peut-être nombreuses personnes qui ont encensé ce livre : les lecteurs, notamment d’Amazon, ne sont guère difficiles.

2 – Commencez toujours par lire l’extrait. Si je l’avais fait, je n’aurais pas acheté (même à vil prix) 50 romans inaboutis ou qui ne me plaisaient pas. Une écriture maladroite se détecte très vite, de même que de mauvais dialogues et des personnages stéréotypés. Les extraits (qui couvrent 10 % à 20 % du livre) suffiront à vérifier que l’histoire est susceptible de vous plaire. Un livre qui m’a emballée, ou a emballé un.e de vos potes, peut ne pas vous brancher du tout.

N’oubliez pas non plus que la plupart des auteurs indés sont débutants. Ils font de leur mieux, aussi ne sert-il à rien de décourager via un commentaire incendiaire quelqu’un qui a eu le mérite de terminer un roman et le courage de l’autopublier, même s’il est raté. J’ai pu constater que certains auteurs s’amélioraient de façon spectaculaire avec le temps. Si l’extrait ne vous convainc pas, passez juste votre chemin. C’est ce que je fais maintenant.

Les auteurs indés peuvent aussi se révéler inégaux d’un livre à l’autre. Même si vous avez déjà apprécié un roman de l’auteur.e, jetez un œil à l’extrait avant d’acheter le suivant. Surtout si le genre est différent.

3 – Les prix littéraires d’Amazon ou Kobo témoignent d’un minimum de qualité, mais les romans sélectionnés sont souvent destinés au grand public.

4 – Vous pouvez vous abonner aux Offres Éclair quotidiennes d’Amazon, et consulter les promotions du mois. Les ebooks indés y sont bradés (entre 1 et 2 euros max), ce qui limitera les pertes en cas de déception. Idem, la newsletter de Kobo vous informe des promo indés quand il y en a. Dommage qu’il y en ait peu et qu’on y trouve souvent les mêmes auteurs…

5 – Retenez qu’un livre indé bien classé dans le Top 100 n’est pas nécessairement bon. Inversement, un livre très mal classé ou avec peu de commentaires peut être excellent. Un auteur peut se trouver bien classé tout simplement parce qu’il a plein de copains pour stimuler les algorithmes de vente, ou parce qu’il est doué en marketing…

L'indéterminée Panda n°9

6 – Un bon moyen de tester les auteurs autoédités est de télécharger les recueils gratuits de nouvelles. Ils sont disponibles au moins sur Amazon et Kobo. J’ai moi-même acheté quelques livres après avoir découvert leurs auteurs via une excellente nouvelle. 

Pour savoir si mes propres histoires sont à jeter, vous pouvez commencer par lire gratuitement ma longue nouvelle Le bon numéro (qui fait partie de L’école des anges) dans le n° 9 de L’Indé Panda, paru le 1er octobre.  

C’est un recueil de nouvelles que je lis religieusement  à chaque parution. Dans ce numéro, j’ai particulièrement aimé Par amour de Jo Frehel, Comme un crabe de Florence Dalbes Gleyzes, Ma première gare mondiale de Jean-Marc Bassetti et Petite résurrection en forme de sourire banane de Bertrand Peillard.

Et si Le bon numéro vous a laissé.e sur votre faim, sachez que mon recueil L’école des anges est exceptionnellement à 0,99 € (au lieu de 2,99 €) sur Amazon jusqu’au 14 octobre inclus. Les retardataires le trouveront à 1,49 € jusqu’à Halloween, les anges n’aimant pas les monstres…

Bonnes lectures et découvertes indées !

15 Commentaires

  1. Tranchant Françoise

    Article très complet et très intéressant

  2. Merci pour ces
    Excellents articles !
    Eh oui, ce que tu décris des livres auto-publiés, pour ceux qui sont malheureusement bourrés de fautes d’orthographe ou de français, est tout à fait juste.
    Et c’est aussi ce qui alimente le discrédit à notre égard.

    Je me permets de profiter de ce message pour te proposer, si tu aimes les romans qui ont pour ingrédients de l’humour, de l’amour, des aventures étonnantes, du voyage, des émotions, un soupçon d’ésotérisme et une intrigue étonnante avec une fin insoupçonnable, de lire « Alice » de Charlotte Demoussy.
    Il connaît un petit succès, mais pas encore suffisant pour permettre à son auteur (moi 😉) d’en vivre…

  3. Bonjour et merci pour cet article. Je suis un auteur auto édité qui ne vend rien ou pas grand chose, mais ce n’est pas important, car je n’écris pas pour devenir riche et célèbre, j’écris parce que j’aime ça. Je fais de la peinture également, que je ne vend pas ou peu et mal. Je les donne. J’auto-édite ce que j’écris parce que ça me fait très plaisir au final d’avoir un objet entre les mains que j’ai conçut de la couverture au point final, comme mes peintures ou sculptures. Je donne également les version ebook, parce que c’est aussi cool de donner. Avant d’acheter une liseuse, je me faisais ma bibliothèque chez Emaüs, à moins de 1€ le bouquin le risque est faible de craquer sur une couverture ou un 4ième de couverture. Maintenant que j’ai une liseuse je craque sur les titres à 1 à 3€ chez Kobo. J’ai donné 2000 livres papier à Emaüs et aux boites à livres de ma région. Donc merci d’encourager les accrocs à la lecture de prendre le risque de découvrir des choses et des auteurs.es nouveaux. lles, gratuitement ou presque. A titre de comparaison un paquet de clopes c’est 10 bouquins ou 300 heures de lecture.

  4. Article intéressant sur l’auto-édition (mais je n’ai rien à dire sur le genre “roman” qui n’est pas mon truc. Mon truc à moi est là : https://www.thebookedition.com/fr/recherche?controller=search&orderby=position&orderway=desc&search_query=jacques+baillon et un peu sur Amazon : https://www.amazon.fr/l/B004N7H522?encoding=UTF8&redirectedFromKindleDbs=true&ref=ntt_dp_epwbk_1&rfkd=1&shoppingPortalEnabled=true

  5. bonjour et merci pour cet article qui alimente la polémique positive sur l’écriture et l’édition.
    Une déception cependant, pas de recueils de poésies, pas de pièces de théâtres ou de scénars de cinoche … pas d’ouvrages à caractère philosophique non plus.
    il n’y en a peut-être pas ?

    amicalement

    • De mon côté, je n’ai lu que des romans et des nouvelles. Je ne saurais donc pas vous dire si les types d’ouvrages que vous citez existent en autoédition. J’ai entendu parler de recueils de poésie, mais je ne m’y suis pas intéressée. Je vous invite à poser vos questions sur le groupe Facebook “Les auteurs autoédités”, qui rassemble plusieurs milliers d’auteurs indépendants, vous aurez peut-être des réponses.

  6. Bonjour
    J’ai trouvé votre article très intéressant. Je l’ai trouvé d’autant plus instructif que j’espère bien pouvoir devenir hybride à mon tour mais en faisant le chemin inverse que celui que vous avez décrit, à savoir devenir indé après avoir été éditée en ME. Comme vous l’avez suggéré, être éditée en maison d’édition n’est pas forcément la meilleure des solutions ni la meilleure des opportunités ! D’ailleurs je constate qu’un certain nombre d’auteurs quittent leurs ME pour se lancer en autoédition.
    Bonne continuation à vous.

  7. Bonjour Suzanne,
    Je suis ravie de trouver Le chat du jeu de quilles dans ta sélection ! Pour ceux qui seraient intéressés, il faut savoir que l’intégrale des trois tomes est en promo du mois sur Amazon, à 2,99 €. Profitez-en 🙂

    • Bonsoir Florence,
      Tu as raison de profiter de l’occasion pour le signaler ! Je laisserai cette info à disposition jusqu’à la fin du mois.
      Bien à toi,
      Suzanne

  8. C’est génial comme article!
    Hyper complet, précis, et bien construit.
    J’ai beaucoup de mal avec les autoédités, et n’en ai lu que deux ou trois. Je pense avoir trop de préjugés dessus et les quelques rares extraits que j’ai feuilletés ne m’avaient clairement pas plu ni convaincue. Je les trouvais trop faibles dans l’ecriture ou trop gnagnan… et vu que je trouve facilement mon bonheur en en librairie avec les livres du circuit “classique”, je ne cherche pas plus que ça en autoédités.
    Je trouve ton article intéressant justement dans le fait de faire un retour sur ton expérience et le fait de mettre en avant que finalement il y en a pour tous les gouts et que si certains sont pas toujours bien pour plusieurs raisons il existe quand meme des pépites 🙂

    • Merci de ton retour, c’est vrai qu’il est difficile de savoir quoi choisir en autoédition. C’est pourquoi j’ai tenu à terminer l’article par une sélection de mes trouvailles. Je ne dirais pas de les acheter les yeux fermés, chacun ayant des goûts différents, mais j’encourage les curieux à faire un tour sur la page Amazon de ces livres (je ne sais pas qui est vendu ailleurs) pour se faire une idée.

  9. Superbe article passionnant ! Merci pour ces suggestions.
    J’ai adoré Le bon numéro quand je l’ai découvert en Comité de Lecture ! Du coup, je viens d’acheter L’école des anges et je suis impatiente de trouver un moment entre deux services presse pour me plonger dedans !

    PS : Morgan Of Glencoe vient de passer hybride (Si loin du Soleil est devenu Dans l’ombre de Paris chez ActuSF au début du mois de septembre)

    • Aaaahh, ça me fait plaisir que Si loin du soleil ait trouvé un éditeur pour le défendre, j’espère que ça l’aidera à trouver les nombreux lecteurs qu’il mérite. Quel roman génial !

      Et merci beaucoup, Edwige, pour ce retour sur Le bon numéro, j’espère que le reste du recueil vous plaira ! 🙂

  10. Bonjour Suzanne, j’ai un peu , voire beaucoup, le même ressenti pour mes lectures. Et je suis d’accord pour ne pas assassiner un auteur novice. Il faut lui laisser de quoi se construite.

    • Merci pour votre retour. Je n’ai lu qu’un échantillon de romans autoédités, et il est intéressant que d’autres personnes partagent leur ressenti.

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