Pourquoi on fuit quand on nous court après ?

Quand j’étais gamine, une des matières que je haïssais le plus était sans aucun doute la physique. Autant je trouvais un côté ludique aux mathématiques avec des tas d’énigmes à résoudre, autant les sciences physiques me paraissaient d’un ennui mortel. En grandissant, j’ai compris que la physique c’est comme les épinards ou les brocolis, il faut y goûter pour apprécier. Car avec un peu d’imagination, un principe fondamental de physique peut s’avérer un puits de sagesse.

Ce qui me pousse recule

Par exemple, le principe de conservation du mouvement. Il énonce que la quantité de mouvement de deux objets qui entrent en collision est constante. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que si une boule de billard percute une autre boule à l’arrêt, la quantité de mouvement obtenue après le choc sera identique à celle de la première boule. Si vous avez déjà joué au billard vous aurez constaté qu’après le choc les deux boules avancent, mais la première moins vite qu’avant. Pourquoi ? Parce qu’elle a transmis une partie de son énergie à la seconde boule pour la mettre en mouvement. Cette règle peut se traduire de façon simple par : « Ce qui me pousse recule ».

Pourquoi ne suivent-ils jamais mes conseils ?

Ce principe de la physique m’a récemment beaucoup interpellée. Je me suis demandé s’il pouvait s’appliquer aux gros objets que nous sommes. Non pas physiquement bien sûr, mais… psychologiquement. Et, en cherchant dans ma petite expérience, j’ai constaté que :

  • Quand on recherche la présence d’une personne, elle nous évite automatiquement. Quand une personne nous court après, nous fuyons. Je ne suis pas la seule à avoir constaté cette bizarrerie du comportement, même chez des célibataires désireux de se caser ;
  • Quand on veut m’imposer un point de vue, je résiste spontanément même si je suis d’accord. Si on avait voulu m’imposer le point de vue opposé, j’aurais fait de même : ça s’appelle se faire l’avocat du diable ou avoir l’esprit de contradiction ;
  • Quand on me fait un reproche, je cherche immédiatement à me justifier même si le reproche est fondé ;
  • Quand on tente de me soutirer une information que je ne veux pas donner, je change de sujet pour faire cesser l’interrogatoire alors que j’aurais peut-être donné cette information spontanément plus tard ;
  • Quand je donne un conseil à quelqu’un, il fait quasi-systématiquement l’inverse de ce que j’ai préconisé même s’il m’avait demandé mon avis, etc.

Économisons notre énergie… et celle des autres !

Quand j’ai affaire à une nouvelle personne, j’essaie de m’imaginer que c’est une jolie boule de billard. Je sais que toute interaction avec elle risque de coûter de l’énergie à l’une d’entre nous. Je ne veux pas être ralentie par l’entrée de cette personne dans ma vie, mais je n’ai pas non plus envie de la ralentir dans son itinéraire personnel.

Aujourd’hui, je vois clairement qui m’a fauché de l’énergie dans le passé et à qui j’en ai pris, quelles sont les relations qui m’ont fait avancer et celles qui m’ont fait reculer ou ralentir. Je m’efforce donc de cultiver les premières et d’éviter les secondes. J’essaie de ne convaincre personne de mes opinions et m’occupe de mon propre développement. Si quelqu’un me demande de l’aide et que je me sens en état de la fournir, je le fais sinon je n’hésite plus à refuser.

Je l’aide et elle me fait la gueule…

De même, je constate qu’il ne sert à rien d’intervenir dans la vie d’une personne contre son gré. Avant d’aider quelqu’un, sauf cas particulier, il vaut mieux attendre une demande de sa part. Il faut aussi offrir un soutien approprié. Si vous pensez avoir aidé un(e) ami(e) et que cette personne vous en veut – ce qui est beaucoup plus fréquent qu’on ne pense – c’est que vous avez mal dosé votre aide. Vous avez été au-delà de ce qui vous était demandé et l’autre se sent finalement dévalorisé car vous n’avez pas cru en ses capacités à résoudre ses propres problèmes.

Je ne vous retiens pas !

Autre conséquence : ne retenez personne. Si votre compagnon veut vous quitter, tenter de le retenir c’est exercer une forme de pression psychologique. Je m’aperçois d’ailleurs que laisser partir est la meilleure manière de retenir. Ne pas exercer de pression sur l’autre, c’est lui laisser le choix. Ne dit-on pas : « Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis » ?

Quand vous rencontrerez une nouvelle boule de billard sur votre route, tâchez de ne pas entraver sa trajectoire ni de ralentir la vôtre. Et peut-être qu’une prochaine loi de la physique montrera que sous certaines conditions deux objets humains qui se rencontrent peuvent effectivement aller plus vite ensemble que seuls.

 

Un Commentaire

  1. oh ! miracle j’ai tout compris !!! Merci à La Rousse pour ce cours ludique … j’vais devenir accro à la physique, j’en reviens pas 🙂

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