Les rêves n’ont pas de prix, mais ils ont un coût…

mordilloJ’ai eu la chance d’avoir une enfance de rêve. À 15 ans, la vie me paraissait pleine de promesses. J’allais faire de super études, avoir un boulot passionnant même si je ne savais pas encore lequel, vivre des aventures fantastiques, gagner beaucoup d’argent et bien sûr rencontrer mon prince charmant. J’avais hâte d’y être !

Ma vie de rêve à 30 ans

À 30 ans j’avais terminé mes super études. J’habitais en Normandie, j’étais cadre en grand magasin, je gagnais plutôt bien ma vie – quoique pas autant que je l’aurais voulu. Je vivais dans un trois-pièces, m’habillais de grandes marques, allais au resto et au ciné quand ça me chantait, ne faisais jamais mes comptes et partais en vacances à l’étranger une fois par an.

J’avais le cœur en miettes suite à quelques erreurs de casting dans ma vie sentimentale mais, étant désormais plus attentive, je ne doutais pas un instant de rencontrer bien vite ma future âme sœur pour vivre heureuse jusqu’à la fin des temps.

Pourquoi j’ai changé de vie ?

Alors qu’est-ce qui m’a pris début 2001 de tout plaquer pour faire… du théâtre ?? Ce mystère insoluble hante encore mes proches. La réponse est pourtant simple : ce n’était pas la vie dont j’avais rêvé. Acheter des collections de chapeaux, organiser un rayon de bijoux, faire l’inventaire d’une parfumerie, gérer des budgets de bougies pour Noël, diriger des équipes de vente m’a amusée pendant deux ou trois ans mais, passée cette période de découverte, j’ai commencé à m’ennuyer ferme.

J’occupais mes fréquents week-ends en solo avec trois passe-temps : la lecture, le cinéma et le poker sur machines à sous (ben oui, on n’avait pas encore inventé TroncheBook). À force de frôler le jackpot, de voir des histoires de gens qui réussissent en 2 heures ou 350 pages à réaliser le rêve de leur vie, je me suis dit : pourquoi pas moi ? J’étais jeune, pleine d’énergie, de confiance et d’optimisme.

Aussi quand mon patron m’a sommée de choisir entre mon poste et le théâtre, qui empiétait un peu trop à son goût sur mon temps de travail, j’ai sauté sur l’occasion et lui ai présenté ma démission. Je ne l’ai jamais regretté. Ou presque.

Comment dire…

Je pourrais résumer les choses en disant : une vie de rêve n’a pas de prix, mais elle a un coût. ÉNORME.

Réaliser un rêve, combien ça coûte ?

La régression professionnelle a été spectaculaire. À plus de 30 ans et malgré mon Bac+5, je me suis retrouvée – pour boucler mes fins de mois – à distribuer des journaux gratuits à la sortie du métro, à donner des cours de math à des élèves de collège qui n’en avaient pas grand-chose à faire, à servir dans un resto en essayant d’éviter les souris qui se faufilaient entre mes jambes, à faire de l’orientation aux aurores dans une gare de RER de banlieue, à vendre des fringues sur un stand que j’aurais pu diriger, etc.

Mon standing en a pris un coup. Finis les vêtements de marque, que j’ai revendus dans une friperie pendant une période de vaches maigres. Finis les achats de livres, les resto, les vacances à l’étranger et la plupart des sorties. Finies les petites futilités qui embellissent un intérieur ou remontent le moral les jours de cafard. Finie la liberté de la voiture et le confort du trois-pièces ; aujourd’hui je vis dans un studio, je dors sur un matelas posé par terre et je circule en métro.

Avec le temps, j’ai perdu beaucoup d’amis : mes anciens collègues de travail dont les histoires de boulot ne m’intéressaient plus, les copains qui n’approuvaient pas mon changement de vie. Et puis ceux dont je me suis éloignée progressivement, ne pouvant plus participer aux sorties du fait de problèmes de fric quasi-permanents.

Quant au prince charmant, je l’ai peut-être croisé sur un quai du métro, un trottoir parisien ou dans la salle d’attente de pôle Emploi. Je crains cependant qu’il ne m’ait pas reconnue sous mon air souvent fatigué et mon look de Cendrillon du XXIe siècle. J’ai mis mon unique robe de bal sur ma photo de profil, mais vous conviendrez que je peux difficilement la porter pour aller faire mes courses…

Et si tu avais su ce qui t’attendait ?

Si j’avais su ce qui m’attendait dans cette course aux rêves, aurais-je été prête à faire tous ces sacrifices et à traverser tant de galères pour bosser dans le cinoche ? Bien sûr que non. Comme tout le monde j’aime la facilité, le confort, les plaisirs de la vie, les sorties, les jolies chaussures et les vacances au soleil. Je ne savais pas que les rêves sont si chers, fuyants, exigeants, épuisants. Et encore, je ne vous dis pas tout…

Dans ce cas, pourquoi me suis-je obstinée ?

C’est ce que je vous dirai la prochaine fois.

 

 Suite de cet article : Ce que j’ai gagné dans la course aux rêves

2 Commentaires

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