Glander nuit gravement à votre avenir

glander-nuit-gravement-à-votre-avenirJ’ai toujours aimé glander. Quand j’ai commencé à bosser en entreprise, j’ai vaguement envisagé de plancher sur un roman, projet qui me trottait dans la tête depuis quelques années. J’ai pourtant préféré passer mes soirées dans les bouquins ou devant la télé, mes week-ends au cinéma et mes vacances à la plage. Et j’ai repoussé l’écriture de ce roman à… un jour peut-être. Quand j’ai quitté mon poste pour travailler dans le spectacle, un déclic s’est produit : je me suis décidée à consacrer une partie de mon temps libre à l’écriture de ce premier roman.

Un petit rêve peut cacher 100 grosses galères

Au bout de quelques années, j’ai découvert qu’écrire ne s’improvisait pas. Mon histoire ne progressant pas, je me suis plongée dans les techniques d’écriture de scénario. Le premier manuel achevé, je me suis dit : « Ok, c’est pas la mer à boire : du conflit, des personnages, un univers, des dialogues, etc. Il n’y a qu’à appliquer la méthode et hop, j’ai mon best-seller ! » J’avais bien entendu un pro dire qu’il fallait au moins dix ans pour former un scénariste, mais j’en avais déduit qu’il devait avoir le cerveau très lent !

L’ironie du sort ayant encore frappé, j’ai achevé « La rousse qui croyait au père Noël » dix ans plus tard. Et même si je suis fière de mon premier bébé de papier, je suis consciente d’avoir encore une bonne marge de progression en tant qu’auteur.

Le publier a été une autre paire de manches. J’ai dû me plonger dans les subtilités du français, que je croyais maîtriser, et de la typographie. J’ai affronté ce fantastique logiciel qu’est Photoshop pour créer ma couverture. J’ai appris à concevoir une maquette de livre broché, des documents epub et mobi. Puis j’ai réalisé que je devais assimiler les rudiments du langage html pour améliorer mes présentations sur les sites anglo-saxons.

Pour faire ma promo, je me suis résolue à m’inscrire sur Twitter. Il m’a d’ailleurs fallu près de 18 mois pour dépasser la centaine d’abonnés. J’ai aussi créé des profils sur Babelio Livraddict et Goodreads, les principaux forums de lecture. Je me suis enfin aperçue que j’avais besoin d’un blog pour garder le contact avec mes lecteurs entre deux publications.

Bref depuis que j’ai mis le doigt dans l’écriture, je n’ai pas cessé d’acquérir de nouvelles compétences. Et comme avec les poupées russes : chaque sujet en cache des dizaines d’autres…

Comment apprendre sans (trop) se fatiguer ?

Je me suis lancée dans l’écriture et l’autoédition des années après avoir terminé mes études supérieures. Non seulement je n’avais plus l’habitude d’apprendre, mais j’ai réalisé que j’assimilais les sujets bien moins vite qu’avant. Eh oui, avec le temps le nombre de neurones diminue ! Et pour connecter ceux qui glandouillent dans la gélatine de notre cerveau, il faut du temps, de la répétition et de la persévérance. Beaucoup de chaque, ne nous leurrons pas.

Du temps j’en avais mais, les années passant, je ne voulais plus le gaspiller. Comme les sujets étaient nombreux, pour éviter de me décourager j’ai pris le parti de travailler sur de courtes plages horaires. Dès que je commençais à saturer sur les calques de Photoshop, je passais à autre chose. Curieusement, quand je revenais sur Photoshop le lendemain ou le surlendemain, tout me paraissait plus clair. Et je pouvais m’attaquer par exemple aux masques de fusion.

Ayez un objectif précis

Si je n’avais pas eu d’objectif précis, j’aurais tout abandonné au bout de quelques jours. Par exemple, Photoshop c’est génial quand on connaît. Mais pour la novice que j’étais, c’était du chinois. Du coup, ma première couv a été simplissime, la suivante beaucoup moins.

Trois ans plus tard, je ne suis pas bilingue Photoshop, mais je le parle à peu près couramment. Je ne connaissais pourtant rien à la modification de photos avant de m’y mettre. Je voulais juste une chouette couverture pour mon bouquin. Je suis d’ailleurs loin d’avoir exploré toutes les possibilités du logiciel. Sans compter que je dois mettre dix fois plus de temps qu’un graphiste pro pour faire le même travail.

Faire moi-même les couvertures me permet aussi d’harmoniser les graphismes. La couverture de « La rousse qui croyait au père Noël » a ainsi changé cette année quand j’ai sorti « Amour : les 10 commandements ! » Je voulais en effet des polices similaires pour les titres.

Nous sommes tous des lumières !

Avec le recul, je suis abasourdie par tout ce que j’ai réussi à ingurgiter depuis quinze ans sur des sujets n’ayant rien à voir avec mes compétences commerciales, acquises pendant la décennie précédente. Rien n’a été rapide ni facile, mais j’ai compris à cette occasion que le potentiel de chaque personne est énorme. Pour l’exploiter, il suffit de deux choses :

  1. avoir un objectif, une envie ;
  2. se donner le temps et les moyens d’acquérir les connaissances nécessaires.

Qu’importe si nous mettons trois ans à apprendre quelque chose qu’un autre assimilera en six mois. Le plus important est d’avancer sur ce qui nous tient à cœur.

Si j’avais pris conscience plus tôt des capacités d’apprentissage de mon petit cerveau de fille à cheveux longs, j’aurais sûrement passé moins de soirs et de week-ends à regarder la télé et à me lamenter sur ce monde cruel, ennuyeux et dépourvu de chevaliers servants dignes de ce nom. J’aurais retroussé mes manches de sweat-shirt et utilisé tout ce temps libre pour apprendre la dramaturgie, m’entraîner à écrire, améliorer ma culture générale, lire des bouquins sur la psychologie, perfectionner ma maîtrise du français, etc.

Au moins, j’avais une (assez) bonne excuse : à l’époque les ordinateurs personnels étaient peu répandus et internet n’existait pas ou était rudimentaire. Aujourd’hui, on peut à peu près tout savoir et apprendre en ligne grâce aux blogs, MOOC, forums, tutoriels gratuits. Et si l’on se donne les moyens de comprendre suffisamment l’anglais, les sources d’information s’accroissent de façon considérable. Je n’ai jamais regretté les nombreuses heures de travail et de formation consacrées à l’apprentissage de cette langue : elle me sert tous les jours ou presque.

Plus le temps de glander !

Aujourd’hui, je n’ai plus tellement le temps de glander. Chaque jour « chômé » j’essaie d’avancer sur l’un ou l’autre de mes projets d’écriture, d’apprendre quelque chose d’utile, d’imaginer ce que je pourrais faire de plus pour progresser.

Je n’avance pas aussi vite qu’à 20 ou 30 ans, mais je commence quand même à voir le résultat de mon travail : deux livres publiés, deux romans et deux scénarios de longs-métrages en écriture, quatre scénarios de courts-métrages achevés.

Évidemment je préfèrerais m’amuser davantage. Mais vu le montant des retraites dans le milieu artistique, je n’ai guère le choix. Je dois continuer d’investir le maximum de temps dans mes projets, en espérant qu’ils dégageront un jour des revenus significatifs.

Mais comment ont-ils fait ??

Depuis que je travaille dans le spectacle, j’ai constaté une chose : les personnes qui réussissent sont celles qui ont monté leurs propres projets. Certain(e)s se sont lancé(e)s dans le one-(wo)man-show, d’autres ont écrit ou mis en scène des pièces, réalisé des courts-métrages, lancé une chaîne Youtube, créé une compagnie de théâtre, etc. Ils ou elles ont mis des années à trouver leur voix, un style qui les distingue mais depuis qu’ils y sont parvenu leur carrière a décollé. On les remarque, on les sollicite et quelques uns – que j’ai croisés à leurs débuts – sont aujourd’hui sortis de l’anonymat.

Alors à moins d’être né avec une cuillère d’argent dans la bouche, ce qui ne vous donnera peut-être même pas le droit de feignanter, il va falloir beaucoup travailler et ramer avant d’obtenir des résultats dans l’activité que vous avez choisie.

Quand vous y parviendrez, vous vous apercevrez que développer ses propres projets est aussi excellent pour le moral, exaltant, personnellement enrichissant et créateur d’opportunités. Et, qui sait, peut-être pourrez-vous un jour vous octroyer le droit de profiter du fruit de votre travail et de glander (un peu) à nouveau. Du moins, je l’espère… 🙂

 

4 Commentaires

  1. sylvie degryse

    Rien de pire que les regrets, donc oui Go Go Go !.. quand on fait un petit retour en arrière et qu’on voit ce qu’on a réalisé c’est très glorifiant … Bravo chère Suzanne et c’est toujours un plaisir de lire tes articles et de nous faire entrer dans ton univers 🙂

    • Prendre le temps de faire le bilan du travail accompli aide en effet à ne pas se décourager, car les progrès peuvent paraître très lents. Merci de suivre mes pérégrinations, Sylvie, et à bientôt ! 🙂

  2. Article super intéressant, Suzanne. Bravo pour toutes tes créations ! Je pense qu’on a quand même trop tendance à se laisser bloquer par le facteur âge et à parfois l’utiliser comme une excuse, surtout qu’on vit dans une société qui glorifie le jeunisme…

    • Je suis convaincue comme toi qu’on peut se lancer dans de nouveaux projets à tout âge. Qu’a-t-on à perdre après tout ? Néanmoins plus on tarde, plus c’est difficile. Quant aux jeunes, je ne sais pas s’ils profitent tant que ça du jeunisme. Sinon leur taux de chômage serait moins abyssal… 🙂

Laisser un commentaire